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[Festival d’Avignon 2016 – Critique] 2666 de Julien Gosselin

by 13 juillet 2016
Pourquoi "oui" ?

- Un remarquable travail d'adaptation du roman fleuve de Roberto Bolano
- Une incroyable scénographie d'Hubert Colas
- Un climat et une ambiance très travaillée, omniprésente, grâce notamment à la musique live quasi-continue
- Une performance de comédiens, qui parviennent à jouer 9h en gardant une belle énergie

Pourquoi "non" ?

- 5 parties inégales. Les deux dernières étant plus étirées et illustrées que les 3 premières
- Une sur-exploitation de la vidéo, parfois

Verdict...
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Rick Panegy
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LA CRITIQUE
EN BREF : Après avoir adapté Les Particules Élémentaires, déjà présenté au Festival d’Avignon, Julien Gosselin a entrepris de monter un autre roman culte, fleuve, exigeant. Il met en scène 2666 de Roberto Bolano, une immense fresque sombre et désespérée, ultime et vertigineuse, sur l’humanité malade du XXème siècle. Une gageure que le jeune metteur en scène relève en grande partie, malgré des longueurs et quelques excès : il illumine la noirceur d’un travail d’adaptation remarquable et d’une scénographie saisissante.

C’était un sacré pari, presque une folie. Comment oser adapter le roman culte de Roberto Bolano, qui embarque le lecteur aux quatre coins du monde, dessine les contours d’un monde malade, dresse le portrait d’un humanité misérable ? Comment rendre visible la noirceur, la dynamique funeste et sinistre qui émane du roman ? Le tragique d’un Mal et d’une incapacité au bonheur qui s’installent jusqu’à faire partie de la nature de l’homme ? Comment enfin parvenir à donner corps à ces récits imbriqués, en puzzle, et cette narration spiralaire, comme un vortex aspirant inéluctablement vers un climax infiniment tragique, au sens le plus grecque du terme ?

Julien Gosselin a l’ambition de son talent. Il a pris la matière du roman pour en fabriquer une œuvre monument : 9h de spectacle total. La scénographie signée Hubert Colas est fascinante, imposante, faite de mobiles qui glissent et transforment l’espace du plateau en voyages incessants, entre bureaux, chambres, demeures aussi différentes les unes des autres, prisons, etc… En y ajoutant les créations musicales de Guillaume Bachelé et de Rémi Alexandre, il ajoute à la dimension spatiale un climat, une ambiance, qui vacillent entre suspens et angoisse. Pour peu, on penserait à l’ambiance 20 days after (Danny Boyle), signée John Murphy. Omniprésente, elle agit avec force, et densité. Et lorsqu’elle parait trop insistante, on la vit comme un écho à l’oppressante destinée du récit. En y ajoutant aussi une utilisation intensive, parfois jusqu’à l’excès, de la vidéo, sur 3, puis 4 écrans , sur les parois des mobiles, sur l’écran en fond de scène, sur un rideau de toile baissé au devant de la scène. Tout est incessamment projeté. Malgré cet abus épisodique, force est de reconnaitre que la vidéo, bien que pas nécessairement au service du récit, complète l’aspect fresque déjà entrepris par la scénographie et la musique ; elle renforce la dimension monde et permet par moment des instants réussis de profondeur, de multiplication ou d’ouverture de la scène.

Ces éléments, aussi remarquablement utilisés soient-ils, ne font que consolider une écriture excellente : le travail d’adaptation du roman de Bolano par Gosselin lui-même fait preuve d’équilibre et de force tragique. En choisissant de laisser dans son adaptation une multiplicité des langues utilisées (allemand, anglais, espagnol, allemand..), le patron de la compagnie « Si vous pouviez lécher mon cœur » insuffle une dimension de mythe à la Babel tout à fait remarquable. Ses comédiens, entre énergie, sensibilité, émotion, second degré ou parfois grotesque (assumé espérons) entrainent les spectateurs dans une tragédie du 20ème siècle, où sont balayés le sida, la frustration, l’abandon, le meurtre, le nazisme, l’arrivisme, la corruption, l’incapacité d’aimer, la drogue, le viol, l’absence au rythme de l’anecdote et du fait divers. Et la question de l’art dans ce monde bancal est en filigrane toujours au centre du débat chez Bolano… Les trois premières parties sont excellentes. La cinquième, mais surtout la 4ème, gagneraient peut-être à être moins dans la déclamation, dans l’illustration, l’exposition ou la citation littéraire.

« La folie est contagieuse » cite l’un des personnages : il semblerait, en voyant ce 2666 que la folie soit aussi belle à voir, et à écouter, et à penser…

Rick Panegy

  • Dans le cadre du Festival d’Avignon 2016
  • Dans le cadre du Festival d’Automne 2016
  • Du 10 septembre au 16 octobre 2016 à l’Odéon-Théâtre de l’Europe (Ateliers Berthier)
  • Du 26 novembre au 8 décembre 2016 au TNT – Théâtre National de Toulouse
  • Le 7 janvier 2017 à Brest – Le Quartz
  • Les 14 et 15 janvier 2017 à la MC2 de Grenoble
  • Du 11 au 26 mars 2017 au TNS – Théâtre National de Strasbourg
  • Le 6 mai 2017 à La Filature de Mulhouse
  • Du 17 au 21 mai 2017 au Stadsschouwburg – Amsterdam

 

Crédits Photos / © Christophe Raynaud de Lage

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