Dernier article du site
 
[Spectacles] [Danse – Critique] To Come (Extended) / Mette Ingvartsen
[Festival d'Avignon 2016 - Critique] 2666 de Julien Gosselin
Previous
RANDOM
[Festival d'Avignon 2016 - Critique] 20 November de Sofia Jupither
Next
Spectacles

[Festival d’Avignon 2016 – Critique] Tristesses d’Anne-Cécile Vandalem

by 16 juillet 2016
Pourquoi "oui" ?

- L'utilisation cohérente et maitrisée de la vidéo
- Le récit, en forme de destinée tragique, qui oscille entre thriller et satire ironique.
- Un travail symbolique autour de l'intérieur, de l'extérieur, de la porosité des sphères publiques et privées.
- Une dystopie loin de toute pédagogie.
- L'alliance habile de plaisir immédiat et la réflexion.

Pourquoi "non" ?

- L'omniprésence de l'écran -récit oblige- qui détourne parfois le regard de la représentation vivante.
- Le ton, satirique, comique, qui gomme parfois l'amertume du récit.

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
NOTES
You have rated this
LA CRITIQUE
EN BREF: Sur l’île de Tristesses, le retour sur son île, en perte de vitesse et où n vivent désormais qu huit personnes, d’une dirigeante d’un parti d’extrême droite va faire exploser l’équilibre morne de survie qui y régnait. Dans un spectacle où se mêlent vidéo, ironie, satire ou dystopie, le regard d’Anne-Cécile Vandalem sur un monde où la morale politique pervertit la morale sociétale permet rire et réflexion. Une réussite.  

« Ceci est une histoire vraie » prévient Tristesses, en préambule. Voilà qui questionne d’emblée la notion de vérité, remise en question de manière permanente, en filigrane au cours de la pièce d’Anne-Cécile Vandalem. La propagande, au cœur du nœud tragique, illumine le récit, qui s’installe en forme de thriller.

Sur cette île de plus en plus abandonnée, sur laquelle ne vit plus désormais que 8 habitants, et où les abattoirs -poumons économiques de l’île ces dernières décennies- ont fermé, décède la mère d’une dirigeante d’un parti d’extrême droite du pays. Celle-ci revient pour les funérailles de sa mère, faisant éclater cette micro-société, d’où émergent les rancœurs familiale et sociétales, générationnelles et identitaires, les manipulations politiques et les arrangements de pouvoir… C’est évidemment toute notre société que singe à l’excès Vandalem, dans une satire où l’humour, noir, grinçant, méprisant et humiliant, donne au contexte exprimé dans cette fable dystopique  des allures de spectacle comique où le rire devient salvateur autant qu’objet de dénie des réalités exposées.

Dans sa mise et scène, et à travers sa scénographie, Anne-Cécile Vandalem gonfle son écriture d’une illustration cinématographique, y injectant l’ambiance d’un huis clos savamment orchestré. La caméra y suit les comédiens en permanence, explorant les espaces cloisonnés des maisons et de l’église, éléments hermétiques du décor. Tout sur scène reflète le repli de cette communauté, l’enfermement d’une société sur sa propre décrépitude, qu’elle soit la conséquence d’une ignorance ou d’une volonté politique. Tout y est bancal, jusqu’à la croix sur le fronton de l’église. La caméra pénètre les « intérieurs » de cette communauté pour révéler le processus de rétrécissement du monde : fin des consciences, fin des libertés, fi n des possibles. Procédé habile, poussé jusqu’à l’extrême par Vandalem, ce qui peut donner le sentiment d’une frustration de la représentation vivante à certains. Toutefois, il est notable qu’ici, l’utilisation de la vidéo tient un rôle cohérent, tant du niveau de la narration que de la dramaturgie, à l’instar du travail de Michèle Noiret par exemple…La frontière entre l’intérieur –l’intime, la sphère privée) et l’extérieur (la sphère publique, politique) est sans cesse rendue poreuse, révélant la prégnance manipulatrice de l’une sur l’autre.

Se dirigeant inéluctablement vers une conclusion explosive, Tristesses résonnent comme une prophétie politique et sociétale alarmante, à moins qu’elle ne serve aussi à alerter, à éveiller les consciences d’un peuple qu’on attriste, qu’on maintient dans la corruption et l’impossibilité culturelle. C’est ce qui se déroule sur cette île, où les adultes croupissent dans un quotidien d’ignorance et une illusion de système. Symbole d’optimise toutefois : c’est par la jeunesse que semble encore imaginable un renversement des destinées sociale, politique et culturelle. Dans Tristesses, c’est elle qui fera table rase : même si l’avenir immédiat semble perverti, la révolte silencieuse se construira (peut-être) dans un futur proche…

Direction d’acteur efficace, scénographie et construction dramaturgique réussie, Tristesses possède à la fois les qualités d’une représentation enlevée et dynamique, où ce qui est donné à voir provoque le plaisir immédiat, et les qualités d’une œuvre réflexive, qui donnent à penser les dérives et les perversions possibles d’un système et des citoyens qui y sont soumis. On regrette seulement, parfois, que le ton résolument comique empêche par moment le doux-tragique de s’installer ; de sortir avec un rire qui ne possède pas immédiatement l’amertume de l’irrémédiable agité par cette fable, à laquelle, donc , il est nécessaire de repenser pour ne pas en manquer les alertes qui bâtissent son socle.

Rick Panegy

Crédits Photos / © Christophe Raynaud de Lage

Vous êtes d'accord avec nous ?
N'importe quoi !
0%
Pas franchement d'accord
0%
D'accord avec vous !
100%
Absoluuuumeeent!
0%
Fonts by Google Fonts. Icons by Fontello. Full Credits here »