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[Festival d’Avignon 2016 – Critique] 20 November de Sofia Jupither

by  on 17 juillet 2016
Spectacles
Pourquoi "oui" ?

- La performance de David Fukamachi Regnfors
- Le Live Feed en fond de scène, massif, imposant, comme une impossibilité d'échapper au témoignage, pour un public coupable.
- Le texte de Lars Norén, brut, franc, qui part du témoignage de l'individu pour explorer la responsabilité du collectif.

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
Philip Pick
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LA CRITIQUE
EN BREF: Redonnant à vivre les derniers instants qui ont précédé le massacre perpétré par Sebastian Bosse à Emsdetten en 2006, dans un magistral seul en scène, Sofia Jupither fait incarner le texte de Lars Norén, créé à partir des notes du jeune assassin, avec la force du témoignage et la brutalité de la confession, grâce à une extraordinaire performance du son interprète, David Fukamachi Regnfors.

Plus qu’un théâtre témoignage, 20 November est un théâtre de mots, de regard sur le monde. A travers le fait divers terrible qui eu lieu à Emsdetten en 2006, où l’étudiant Sebatian Bosse massacra plusieurs de ses camarades et professeurs de lycée, Sofia Jupither dresse le portrait d’une adolescence en proie aux maux de notre société. Moqueries incessantes de ses camarades, non-appartenance à un groupe, rejet, Sebatian Bosse n’a jamais su – ou pu- se conformer… Son discours, d’après le texte de Norén (reconstitué à partir des notes du jeune homme), n’est pas loin d’être anarchiste : rejet du monde, de son capitalisme, de son individualisme, de son égoïsme. Un rejet qu’il s’est pourtant construit, tant il dit, à travers les lignes de sa colère jetée à la caméra, qu’il aurait souhaité faire partie du groupe, de la masse…

« C’est de votre faute » crie le jeune Sebastian. Il prévient : « ils ont brisé mon âme, pas mon bras ». L’étudiant prépare son carnage ; il vient s’installer sur scène, un sac de munitions à la main et met en marche sa caméra, qui le filme (axe jardin/cour) tandis qu’en fond de scène, en immense, s’affiche le live feed, brut, net, seulement travaillé, parfois, par un arrêt sur image symbolique (Sebastien mimant un arme à la main en direction du public) ou un dessin rajouté sur l’image (des ailes d’ange qu’il dessine à l’image…). Son arrivée sur scène pour installer le dispositif, dans l’indifférence, est lourde de sens : le public, en masse, l’ignore et continue ses bavardages, avant de faire silence. C’est tout ce qu’a vécu le jeune Sebastian dans son adolescence : un rejet et une ignorance de la masse, du groupe, des autres. Car le pauvre homme ne semble pas méchant, il regrette déjà son geste, pour ceux qu’il aime (sa famille). Il semble si désespéré que la seule issue est la colère, la vengeance, et la mort. « Je n’ai pas vivre en donnant du sens à ma vie, je vais donner du sens à ma mort. » confesse Sebastian, au terme d’une rhétorique manichéenne éperdue.

20November aborde, outre le fait divers, la responsabilité collective et la responsabilité individuelle de chacun dans ce qui a amené Sebastian a commettre un tel crime. « C’est un fou », lancé en balayant d’un revers de main toute autre explication à son crime reviendrait à ignorer son témoignage qui, ici, précise des réalités dont nul ne peut se dédouaner après avoir vu ou lu ses notes.

Face au public, Sebastian laissera tomber dans les derniers instants sa caméra et, au moment de partir faire son massacre, il parle une dernière fois, au public, à l’humain, à l’intime. Le public connait l’issue, rien n’est possible, il est trop tard. En un regard (excellent David Fukamachi Regnfors), c’est tout le drame de la vie du jeune homme qui s’exprime : un dernier rejet, une dernière ignorance du groupe face à lui (même si, parfois, certains spectateurs lui crient encore une dernière phrase). Habile procédé, simple, de Jupither pour replacer la culpabilité des adultes et de la société qui laissent, impuissants et complices, s’échapper et mourir sa jeunesse, même lorsqu’il ne s’agit que d’un seul garçon. Qu’avons-nous fait pour garder Sebastian ? Qu’avons-nous fait pour ne pas le laisser glisser ?

Rick Panegy

Crédits Photos / © Christophe Raynaud de Lage

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