Spectacles

[Festival d’Avignon 2016 – Critique] Het Land Nod de FCBergman

by 17 juillet 2016
Pourquoi "oui" ?

- L'installation grandeur nature, reconstitution du KMSKA
- Les images, à la Castellucci par moments, transformant un espace en instants de grâce et de poésie visuelle.
- Le rapport que l’œuvre entretien avec l'art et les visiteurs.
- La dramaturgie, qui progresse d'un absurde "slapstick" vers une poésie imagée qui mène à un climax spectaculaire.
- Le passage dansé, sur du Max Richter : un grand moment.

Pourquoi "non" ?

- Quelques longueurs lors de la première partie (la partie absurde slapstick)

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
Philip Pick
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LA CRITIQUE
EN BREF: Dans une immense installation, recréant la salle Rubens du Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers, les FCBergman créent, l’espace d’un temps de spectacle suspendu entre poésie et absurde, un voyage à travers plus d’un siècle de visites autour des tableaux du maîtres, sans chronologie, sans dialogues. Seuls les sensations et les évocations dialoguent, recréant une ambiance à partir de l’histoire de ce Musée…

Il fallait bien trouver une solution ! La rénovation de la salle Rubens du Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers fait partie du projet de rénovation globale du musée, entre 2011 et 2018… Dans la salle, il faut évacuer les tableaux. Y compris l’immense toile « Le Coup de Lance » qui est manifestement trop grande pour être sortie de la salle. C’est le point de départ de cette intrigue sans récit, sans chronologie, faite de sensations et d’évocations, que les membres du FCBergman proposent dans un décors reconstitué grandeur nature de la salle du musée.

Les membres du FCBergman aiment les grands formats, les installations hors-normes. S’ils avaient pensé créer ce spectacle in situ, dans la salle même du musée, le fait qu’ils aient du la recréer leur permet de multiples propositions, idées fabuleuses ou inattendues transformations du site…  Ils font resurgir les spectateurs passés, ils laissent s’exprimer toute l’émotion qu’une œuvre ait pu produire, immuablement accrochée, à travers les ans, sur les visiteurs. Ils y incluent l’anecdote. Ils y évoquent, par bribes ou par un vague son lointain, l’histoire du musée, ces bombes qui endommagèrent le monument en 1944, cette pluie qui tombe dans la salle…

Ils convoquent surtout, au cœur de la salle, la sensation intime de la nécessité de l’art, de son pouvoir sur le monde : autour, dehors, nul ne sait ce qui se passe -de la fumée qui entre à la pluie qui s’infiltre ou aux bruits qui semblent envahir le quotidien extérieur- mais au dedans, là, dans la salle, il advient une magie que seul l’art peut produire, un sentiment d’être à sa place, là où il faut. N’est-ce pas pour cela que les FCBergman y installent tentes et couvertures malgré la salle qui s’effondre bientôt ?

Après une première partie très slapstick où le comique de situation (Tati, Keaton, Chaplin, Atkinson…) fait hurler la salle de rire, l’absurde envahissant le plateau, c’est peu à peu le mystère et la poésie d’une seconde partie qui s’installe, lorsque la salle et le tableau semblent devenir plus qu’un décors, s’incarnant en matière vivante d’où s’échappe l’âme d’un lieu, d’une histoire, d’un lien avec les Hommes… D’un seul coup, à partir d’une boucle de dialogue du film Bande à part récitée par Godard, la pièce entreprend l’expression d’un autre langage. Convoquant de manière assumée les danses de Pina Bausch (sur du Max Richter, pur instant de beauté) où se dégage une mélancolie optimiste, la performance devient peu à peu un longue transformation du lieu vers une catharsis finale où explosent les passions qui guident le spectateur à son rapport muséal et artistique.

« Le Coup de Lance » est enfin évacué de la salle, intact malgré les multiples événements : l’art traverse l’histoire sans jamais mourir. Si « Le musée est un refuge » pour les FCBergman, l’art semble nous survivre, et être, lui, plus qu’un refuge : une nécessité, un inévitable, un besoin impérieux.

Rick Panegy

Crédits Photos / © Christophe Raynaud de Lage

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