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[Festival d’Avignon 2016 – Critique] Fatmeh d’Ali Chahrour

by  on 18 juillet 2016
Spectacles
Pourquoi "oui" ?

- Deux interprètes d'une extrême sensibilité et grâce
- La bande son, au rythme de percussions et de chants d'Oum Kalthoum
- Le regard sur le deuil et la culture religieuse, le rituel et la libération ds corps et des passions.
- L'écriture dramaturgique, la scénarisation du spectacle, inversant la chronologie, de l'épilogue au prologue. Choix porteur de sens.
- Des passages d'un rare intensité.

Pourquoi "non" ?

- Une lecture qui n'est pas forcément accessible (mais qu'importe)

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
Philip Pick
NOTES
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LA CRITIQUE
EN BREF : Le chorégraphe libanais Ali Chahrour invite, dans Fatmeh,  à la contemplation d’un instant de grâce, lorsque la douleur et la tristesse communient avec le spirituel, le religieux et le profane. Mêlant le deuil de Fatima, fille de Mahomet, aux chants d’Oum Kalthoum, il libère les invariants des sentiments en même temps que leur imprégnation dans la culture religieuse. 

Sur scène, le noir, le deuil, la tristesse et la douleur de la perte. L’histoire de Fatima, la fille du prophète Mahomet, à la mort de son père. La représentation, dansée, faites de gestes et d’impressions, d’un état de chagrin, est entrecoupée des lamentations de Fatima, déclamées dos au public, regard vers la lune. Le spectacle est pourtant davantage qu’une illustration de l’histoire religieuse et culturelle de cette figure féminine de l’Islam : Fatmeh est aussi un magnifique écho à la douleur collective, celle qui dépasse le cadre de la foi. La musique et les chants d’Oum Kalthoum, accompagnant les danses de Rania Al Rafei et de Yumna Marwan -deux danseuses non professionnelles- renforcent l’universalité du propos.

Sur scène, les femmes se flagellent, longuement, de leur bras douloureux au rythme des percussions. Elles tournoient jusqu’à l’épuisement, elles se prennent dans les bras. Elles se maquillent, libèrent leurs corps, elles célèbrent même la joie et l’amour. Ou elles se voilent, cachant leur visage et leur peine. C’est tout le rituel du deuil et du chagrin que Chahrour décompose dans un spectacle chapitré, à la danse tantôt tribale, culturellement imprégnée, tantôt expressive -jusqu’au geste intime- sans pour autant s’attarder sur les codes de la danse contemporaine (ce que Chahrour voulait éviter). Il en ressort une telle force de vérité et de sincérité de la part des interprètes que la beauté esthétique du spectacle (simple et épuré) glisse doucement vers la grâce.

Charhour ne se contente pourtant pas d’une danse de l’émotion ou de la grâce. Il construit une chorégraphie où la scénographie et la dramaturgie invitent à l’interprétation d’un propos. A cour, une écran, en forme de cercle, affiche les titres des chapitres. Il s’illumine aussi, en forme de croissant de lune ou d’astre bienveillant. Affichant successivement « épilogue », « absence », « impénétrable », « le bien aimé » puis « prologue », il dévoile que ce qui est montré est chronologiquement inversé : si la fin du spectacle est donc le prologue, il nous est alors suggéré que la fin n’est que le début, ou un nouveau début. Lorsque Fatmeh apprend la mort de son père en effet, il y a commencement du deuil mais naissance d’autre chose : peut-être le commencement, pour la culture religieuse ou la religion elle-même, d’une nouvelle histoire (chiites et sunnites, mouvements qui débuteront à la mort de Mahomet), et origine d’un nouveau possible pour l’individu. A l’inverse, les écrans « astres », s’éclairant variablement selon les chapitres, suggèrent un temps qui s’installe et semble nécessaire : les états, les émotions, les rapports humains, inéluctablement modifiés, se lisseront vers l’apaisement avec le temps. Ces astres, enfin, qui laissent entrevoir une éclipse, ne laissent-il pas croire que le deuil de Fatmeh, comme celui de chacun, n’est qu’une parenthèse dans (son) l’Histoire ?

Fatmeh est un spectacle où les corps se dévoilent, plus que jamais, jusqu’à les lier à la parole, à la culture, à l’histoire, à l’individu, aux sentiments, à l’esprit. Une pépite qui illumine la culture orientale et résonne d’universalité.

Rick Panegy

Crédits Photos / © Christophe Raynaud de Lage

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