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[Festival d’Avignon 2016 – Critique] La Dictadura de lo cool de Marco Layera

by 22 juillet 2016
Pourquoi "oui" ?

- Une incroyable énergie
- La radicalité du propos (à double tranchant)

Pourquoi "non" ?

- Du bruit et de la fureur
- Un discours ambigüe

Verdict...
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Rick Panegy
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LA CRITIQUE
EN BREF : Un nouveau ministre de la culture est nommé. Bientôt, il prévoit un changement radical de politique culturelle. Dans son nouveau spectacle La Dictadura de lo coolMarco Layera s’attaque avec virulence et ambigüité aux « bobos », aux installés aux « belles idées », dans un spectacle aux allures « radicales » mais qui s’englue dans une hypocrisie et une malhonnêteté étrangement complaisante. Malaise.

Sur la scène, dans une frénésie infernale de cris, de fête, de lumières, de musique, de champagne, de morve et de vomi, de drogue, (de viol et de violence aussi), la posture moraliste et populiste s’étale de tout son long… Elle n’en reste pas moins ambigüe, à deux doigts de passer du côté du mépris de classe, ce qui ne serait pas mieux.

Marco Layera était déjà venu au Festival d’Avignon, en 2014. Il y avait présenté La imaginacion del futuro, déjà clivant : une sorte de révisionnisme artistique à partir du discours de Pinochet lors de son coup d’état. Deux ans après, le revoilà à Avignon, et il vient casser du bobo… Enfin, croit-il… Car l’accumulation des clichés définissant ce groupe social est, dans son spectacle, d’une effrayante simplification : autour du nouveau ministre de la culture, fraîchement nommé, on se drogue, on est tous artistes, au moins dans l’âme, on se fait des sourires mais on se tacle une fois le dos tourné, on se baigne dans le champagne, on a de l’argent mais on pense au peuple, on s’apitoie sur la femme de ménage qui manque de culture mais on l’adore, on mange sainement et on pense à la nature, on a de drole de deviances etc.. La suite dans le dictionnaire des clichés. En somme, Layera pointe l’incohérence et le paradoxe de ce groupe social. Dont acte. C’est assez connu… Il s’en serait arrêté là, nous aurions sans doute considéré son spectacle comme léger et convenu mais le metteur en scène chilien va plus loin, et le ton bascule dans une posture bancale, entre populisme et prétention.

Alors que sa bande d’amis courtisane est là pour fêter sa nomination (Stromae et electro accompagnent une mise en scène qui « moque » « le théâtre contemporain » -dixit Layera. Cf une scene ou Liddell, sans être nommée, est copieusement moquée-), et tandis que gronde un vent de contestation populaire dans la rue, en ce jour de 1er mai, le nouveau ministre de la culture se radicalise : il va prendre une décision sans précédent. Nommer à la tête de tous les établissements des personnes issues de la société civile, hors circuit culturel et institutionnel. Redonner les clefs de la culture au peuple, l’enlever des mains des installés, du petit cercle de privilégiés du milieu.

En dressant le portrait caricatural et détestable de cette élite (artistes, institution) et en mettant en avant l’idée d’une politique vox populi (portraits et professions des nommés sur écran à l’appui), Layera sombre dans un populisme qui fait froid dans le dos, en surcouche d’une agression continue envers ceux qui constituent l’essence complaisante de ce positionnement bobo selon lui hypocrite : le public. Celui-ci st moqué dès le prologue du spectacle, au cours duquel on lui assène un portrait robot peu délicat (vous votez à gauche, vous avez de l’argent, vous êtes blanc…).

On espère, fébriles, que cette absurde posture sera rapidement modulée par une orientation plus critique de cette idée populiste -très en vogue en ce moment en France…-, par un glissement dramatique, un twist, un élément du récit qui apparaitra, même un instant, pour nous rassurer. Si bien qu’on subit pendant une heure quinze l’excentricité excitée des comédiens, déversant leur clichés dédaigneux, jusqu’à ce twist final qui vient enfin renverser cette affreuse posture.

Dehors, la révolte gronde tant que lorsque les élites sortent de leur fête nocturne, ils sont tous massacrés par une vindicte populaire aussi barbare que désolée… Qu’en est-il de ce twist ?

Il semble pouvoir dire deux choses, aussi dangereuses l’une que l’autre : le peuple est assez con pour massacrer. Est-ce vraiment bien à eux qu’il faut donner plus de « pouvoir » ? En d’autres mots, autant rester en « nous », ce peuple est incapable d’autre chose que la barbarie, l’apanage des bas du front… Entre le mauvais et le pire, mieux vaut encore le mauvais… Ou encore : il est trop tard, les élites conservatrices et méprisantes, quand bien même elles se définissent de gauche, ont trop ignoré le peuple. Sa révolte est en marche, ou le sera sous peu, irréversible. Et La Dictadura de lo cool d’apparaitre alors comme une menace révolutionnaire, un discours ou un appel radicalisant.

La révolution de Marco Layera et de sa compagnie La Re-Sentida semble aussi paradoxale et absurde de contradiction que ceux qu’il dénonce. « Il existe une espèce de fascisme de l’oisiveté qui nous rend léthargiques. Nous sommes devenus une sorte de victimes jouissantes et complaisantes du système » dit Marco Layera, dans le programme. Une belle manière de justifier cette posture dans laquelle il se prélasse : l’oisiveté d’un bruit d’idées, tout en jouissant d’un confort de contestation et de profit. Habile.. On voudrait nous faire détester les artistes et l’art contemporain que certains ne s’y prendraient pas autrement…

Rick Panegy

Crédits Photos / © Christophe Raynaud de Lage

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