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[Festival d’Avignon 2016 – Critique] Hearing d’Amir Reza Koohestani

by  on 24 juillet 2016
Spectacles
Pourquoi "oui" ?

- Un jeu de comédienne excellent
- Une mise en scène sobre et épurée
- La mise en abîme, le travail sur l'ellipse
- Le regard distancié du metteur porté sur son sujet
- L'exploitation de tout l'espace scénique possible

Pourquoi "non" ?

- L'excellent jeu de Mahin Sadri, installée dans le public, qu'il est difficile d'apprécier, en même temps que la lecture des surtitres sur le plateau

Verdict...
NOTES
Rick Panegy
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LA CRITIQUE
EN BREF : Hearing explore le fait divers comme évocation d’une réalité sociale et culturelle, en Iran, en mettant l’accent sur la performance des comédiennes et le texte. Le spectacle de Koohestani ne contourne pas, pourtant, la question de la mise en scène, qui mêle ellipse et utilisation de la vidéo et des espaces pour faire progresser le récit et l’orienter, parfois tel un miroir, vers le public, témoin de l’interrogatoire. Un habile questionnement des culpabilités, des jalousies, des fantasmes et des pressions culturelles.

Deux jeunes filles vont subir un interrogatoire de la part de la surveillante des dortoirs de l’Université. On est à Téhéran, Iran. Et il est probable qu’un conseil de discipline ait lieu bientôt. Quelle infraction a été commise ? L’une d’elle, sans qu’aucune preuve tangible ne viennent étayer telle ou telle thèse, est accusée d’avoir reçu un garçon dans sa chambre. L’autre aurait écrit un rapport aux autorités de l’université pour dénoncer sa camarade.

Rien n’est avoué, rien n’est réellement nié. La culpabilité se mêle aux désirs d’émancipation de l’une, ou aux fantasmes de l’autre. La surveillante, elle-même, n’est pas exempte d’ambiguïté : Où était-elle réellement le soir où le garçon se serait introduit dans l’Université ? En réalité, au fur et à mesure que l’interrogatoire, les confrontations, les accusations et les alibis défilent, c’est tout un système d’empêchement, de conditionnement et d’interdits qui est révélé. Et son impact sur l’individu.

L’intime côtoie ici le social, dans un théâtre proche du théâtre documentaire, mais qui évolue clairsemé de poésie, lorsque le récit est suspendu pour laisser place à des moments où aucun repère n’est franc. Par instants, les protagonistes s’échappent en coulisse, laissant planer les hypothèses sur ce qu’elles se disent : en brouillant le son et l’image des instants hors plateau, Koohstani laisse circuler tous les possibles. Ellipses et inconnue des actions des protagonistes. Hors cadre quasi « institutionnel » du plateau, devenu lieu de l’interrogatoire (public inclus en masse complice, la surveillante qui questionne étant installée parmi les spectateurs), les coulisses, filmées comme des couloirs de l’université ou des ouvertures possibles vers un ailleurs, représentent une sphère intime, loin des conventions et des interdits. Habilement, la mise en scène du metteur iranien fait écho à une société où l’intime doit être vécu en coulisse pour exister au milieu d’une sphère publique contraignante.

La vidéo, elle, permet des transitions subtiles et poétiques, sans qu’elles ne deviennent des flashback ou flashforward classiques, permettant aux ellipses une continuité presque surnaturelle, aidée par l’utilisation de la répétition des dialogues et des questions. Ainsi, cet interrogatoire apparait, plutôt qu’un récit d’un fait divers du passé, comme un témoignage d’une pression sociale et culturelle qui pèse sur les vies des citoyens (citoyennes en l’occurrence), un déclencheurs des peurs et des angoisses, des frustrations et des regrets. Savaneh et Neda, les deux étudiantes, revivront, dans une dernière partie  où le verdict n’importe plus, le même interrogatoire, les déclarations subtilement différentes : elles sont désormais adultes.

Peu importe la véracité des faits, il est simplement certain qu’ils ont marqué à jamais chacune d’elle. Par la vidéo, filmant tour à tour Neda, Savaneh ou la surveillante, les trois femmes s’échangeant une caméra frontale, Koohestani exprime l’interchangeabilité des positions de la femme en Iran : par l’instauration d’un système d’interdits et de morale publique, elles pourraient, chacune sans distinction, être à la place de l’autre, tantôt bourreau, tantôt victime, tantôt juge et partie… Le désir, l’émancipation, la culpabilité et la honte, la loyauté et l’obéissance, les fantasmes et les rêves se fondent alors dans un seul sentiment confus.

Installée dans le public, la surveillante questionne les deux jeunes filles, sur le plateau vide face aux gradins. A côté d’elle, le public, qui observe, silencieux, l’acte improbable se produire : femmes et hommes complices d’un système qui accuse et qui pousse chacune à fuir ou se fondre dans la pression culturelle installée. La masse silencieuse, incarnée par le public, est un poids moral et censeur plus grand que le la loi et la conscience elle-même…

Rick Panegy

Crédits Photos / © Christophe Raynaud de Lage

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