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[Théâtre – Critique] 81 avenue Victor Hugo – Olivier Coulon-Jablonka

La tête haute
by 17 septembre 2016
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Rick Panegy
Philip Pick
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La tête haute

Le théâtre est politique, il est humanisme. Il est mise en scène. Il est texte. La pièce d’Olivier Coulon-Jablonka manipule cette équation, la passe à l’entonnoir de la vérité, au tamis de l’expérience. Son 81 avenue Victor Hugo – pièce d’actualité N°3 offre la force d’un discours engagé, la fermeté d’une position affirmée que le théâtre désincarné du metteur en scène renforce comme par effet de loupe. Solide.

Sur une scène débarrassée de toute surcharge scénographique entrent peu à peu huit comédiens. Des comédiens ? D’abord des hommes qui viennent ici un à un faire le récit de leur aventure personnelle, celle qui les mena de leur pays, en Afrique, à cet état étrange de « sans-papier », abrités au 81 avenue Victor Hugo, à Aubervilliers… Des récits qui s’imbriquent, s’emmêlent, entrechoquant le témoignage choc de leurs voyages terribles -entre morts ou dangers- à celui, plus émouvant et plus politique, de leur combat idéologique, et de leurs revendications, plus humanistes que pragmatiques.

Avec Barbara Métais-Chastanier et Camille Plagnet, Olivier Coulon-Jablonka a rencontré ces habitants, qui occupaient jusqu’alors illégalement une ancienne agence de pôle emploi (l’ironie dès l’origine), travaillant en France sans être reconnus par l’administration, ne pouvant se loger, se cachant et ne pouvant réellement bénéficier des mêmes droits que ceux qui possèdent ce qu’ils réclament : des papiers. Les trois auteurs en montent tous les trois  un spectacle qui tournent autour du propos documentaire : les témoignages sont écrits, montés en alternance pour se compléter, jusqu’à l’unisson d’une chanson qui dépasse le cadre du récit pour embrasser sans retenue le parti pris. La forme aussi ne s’éloigne guère du documentaire testimonial : les décors et lumières sont adoucis, mis de côté, au profit du propos, déclamé face public, comme un discours politique : Olivier Coulon-Jablonka a fait de l’absence de « théâtralité » la force de son propos théâtral.

Une intention partisane, qui mène l’aventure humaine au-delà de la simple question artistique, et qui se saisit des leviers autorisés par le théâtre -l’écriture, la mise en scène (jusqu’à sa quasi-absence), la force du vivant- pour donner sens, plus que jamais, à cet art engagé que revendique tant le théâtre contemporain : le théâtre doit, peut changer le monde. 81 avenue Victor Hugo l’a fait, au moins pour ces huit sans-papiers-comédiens qui, entre les premières de ce spectacle, et leur aventure au Festival d’Avignon 2015, ont été « régularisés ». Pourquoi continuent-ils alors ? Pour l’art ? Par solidarité sûrement, un mot qu’ils ne cessent de répéter durant leur spectacle. Et on les y encourage…

Il y a presque deux ans (en mai 2015, lors de sa création au Théâtre de la Commune, CDN d’Aubervilliers) , la pièce était sous-titré « Pièce d’actualité N°3″… Aujourd’hui, presque deux ans plus tard, est-elle moins d’actualité ? Au contraire, il semblerait qu’elle soit plus que jamais nécessaire, utile, ou, a minima, d’actualité. N’aimerait-on pas plutôt qu’elle soit désormais obsolète ?

Rick Panegy

  • Du 13 au 17 septembre au Théâtre de la Ville – Les Abbesses
  • Les 18 et 19 octobre à L’Apostrophe à Cergy-Pontoise, scène nationale
  • Les 8 et 9 novembre au Théâtre de Sartrouville, CDN
  • Le 15 novembre au Théâtre Brétigny

 

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