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[Théâtre – Critique] Poil de Carotte de Silvia Costa

Lepic à cœur...
by 19 septembre 2016
Verdict...
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Rick Panegy
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Lepic à cœur...

En adaptant Poil de Carotte de Jules Renard, l’artiste italienne Silvia Costa réussit un spectacle jeunesse dépourvu de niaiserie ou didactisme pesant. Beau et nuancé, glissant de l’illustration à la poésie, il offre la lecture de la sensation plutôt que celle de l’esprit.

Doucement, sans bruit ni fureur, juste en quelques notes et quelques instants picturaux, Silvia Costa fait glisser le récit illustratif vers la représentation la plus poétique, faite d’impressions et de sensations. Son Poil de Carotte sort des sentiers ennuyeux et balisés des narrations « pédagogisées » du théâtre dit de jeunesse. Et c’est incroyablement appréciable !

Car souvent en effet les spectacles jeunesse empruntent la prudence et s’accrochent à l’explicatif, structurant à outrance la représentation de poncifs rassurants sur ce qui est compréhensif pour l’enfant et sur ce qui le « rattrape » au show. « Il faut capter son attention », « l’abreuver d’instants spectaculaire pour ne pas le perdre »… Silvia Costa, qui est rompue à l’exercice des spectacles jeune public (elle sait comment garder l’attention de l’œil de l’enfant) tout en étant aussi à l’aise dans l’exercice d’un théâtre « adulte »qu’elle remplit d’espaces poétiques, ne tombe pas dans l’écueil des vulgarisations excessives habituelles adressées aux enfants, lorsqu’il s’agit de leur proposer de l’art : en somme, les meilleurs spectacles pour enfants sont ceux qui parlent aussi aux adultes. Dans Poil de carotte, seule l’introduction fait office de représentation quasi clownesque, presque traditionnelle. Une scène où les enfants rient et interagissent presque avec les personnages, à limite de la caricature sautillante et de l’énergie outrancière. La fonction « agripper » le jeune spectateur est totalement investie… Très vite pourtant, et heureusement -c’est à dire à l’arrivée de Mme Lepic, la terrible mère de Poil de Carotte- le spectacle se teinte d’ambiances et de sonorités, de tableaux faits d’images et d’instants étranges entre contes et photographies. Des panneaux coulissants, des lumières rasantes, des silhouettes et des aplats ou des dégradés -dans des instants qui évoquent parfois l’esthétique de Bob Wilson- habillent la représentation de contours plus poétiques que narratifs. Suivant le récit de Jules Renard -en ayant fait une sélection très réduites parmi la quarantaine de « chapitres »- Silvia Costa utilisent les anecdotes vécues par le héros comme des étapes dans la construction du questionnement de l’affectif.

Car Poil de Carotte, en effet, est un récit (une longue nouvelle autobiographique de la fin du 19ème siècle) qui n’évoque qu’une chose : le poids de l’affect dans la construction de soi. Chacun des « épisodes » sélectionnés par Silvia Costa parmi les aventures du héros roux montre les relations difficiles, parfois cruelles entre l’enfant Poil de Carotte et son père, sa mère ou son frère, ou son rapport ambiguë à la nature.. Les scènes débordent de mal-être, de mal-amour, du poids d’une frustration affective sur sa propre construction de son rapport à l’autre : Poil de Carotte, à force d’être mal aimé, finit par être détestable. Mais Silvia Costa, subtile, n’en fait pas un ange victime, elle n’ignore pas la cruauté dont il fait preuve et refuse tout manichéisme à son récit. Elle ouvre la lecture des possibles aux enfants spectateurs, sans guider leur jugement. Elle permet les questionnements et les scepticismes chez le jeune spectateur : il ne pourra pas s’abstraire de tout questionnement sur la déshumanisation des personnages autour de Poil de Carotte, leur aspect marionnette désincarnée ; sur la transformation physique progressive de Poil de Carotte, à mesure qu’il sombre dans un repli dépressif et dénarcissisé ; sur les impressions sensorielles qu’il a expérimenté pendant ce spectacle, des odeurs de lapin aux couleurs fluctuantes en passant par les notes de musique nostalgiques ou inquiétantes (excellent travail de Lorenzo Tomio)

Dès que la poésie et l’évocation font leur apparition, plus aucun enfant ne rit, ne bouge, ne parle à haute voix en répondant aux comédiens : la réaction disparait, elle fait place à la réflexion, à la contemplation. Dans le regard de l’enfant, plus de consommation de spectacle, juste un reflet de sa confrontation au beau dans le théâtre et au laid de la vie, parfois…

Rick Panegy

  • Dans le cadre du Festival d’Automne 2016
  • Du 17 septembre au 2 octobre 2016 à Nanterre-Les Amandiers – CDN
  • Du 6 au 8 octobre 2016 à L’Apostrophe – Théâtre des Arts – Cergy
  • Du 11 au 14 octobre 2016 à La Commune – Aubervilliers – CDN
  • Du 18 au 21 novembre 2016 à La Villette
  • Les 13 et 14 décembre 2016 au Théâtre Louis Aragon – Tremblay en France

 

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