Spectacles

Festival ArtDanThé – Théâtre de Vanves

by Rick Panegy19 mars 2017
LA CRITIQUE

/ Festival ArtDanthé / Du 25 février au 1er avril se déroule au Théâtre de Vanves le 19ème Festival ArtDantThé, qui met en avant la jeune création chorégraphique et théâtrale. Dans la galerie, le théâtre, la panopée quelques dizaines de mètres plus loin, ou dans des lieux plus insolites de la ville (un parking, la rue…) le festival fait la part belle au théâtre, à la musique, à la danse, à la performance, aux arts plastiques. Tournée vers l’international, c’est l’occasion de découvrir des formes audacieuses.

Atypique

Au cœur des idées, retour sur quelques propositions

  4 jours durant, l’exposition de Doria Bellanger, Donnez-moi une minute, permet de voir ses portraits vidéos d’une jeune génération : leur identité définie par le mouvement. Des « clichés » mouvants aussi révélateurs qu’esthétiques.

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L’ouverture du Festival avec le Fruits of Labour de Miet Warlop donne le ton à la 19ème édition ! Un théâtre concept assez déjanté, déstructuré (à moins que ce ne soit justement hyper structuré !) qui jongle de la musique à l’installation. Sur scène, les comédiens jouent, crient, déconstruisent et reconstruisent l’espace dans un élan off the limits. Une heure durant, les comédiens partagent avec le public une énergie qui déborde du plateau. De qui avoir envie de revenir très vite pour la suite du Festival.

Les retrouvailles entre Yaser Khaseb et Afshin Ghaffarian pour la pièce Strange but True, jouée en Iran en 2009, est empreinte d’une émotion palpable, et d’une joie totalement communicative. Autour du corps, de la poésie des mouvements qui se complètent, les deux danseurs palpent et rampent sur la création sonore de Farshad Fozouni. Il est résulte une performance hybride, où le tronc et les bras de l’un dialoguent avec les jambes de l’autre. L’humour (peut-être un peu trop présent) accompagne les instants poétiques, qu’on aurait préférés sans doute mieux éclairés.

3 interprètes pour un voyage au cœur des mots de David Foster Wallace. En adaptant très librement Brefs entretiens avec des hommes hideux, Perrine Mornay propose une pièce en immersion, un dispositif bi-frontal, où elle cherche à insuffler, par des pastilles de formes diverses (chants, monologue, danse, montage sonore…) les images provoquées par le verbe de l’auteur américain. Beaucoup d’empathie, d’ironie, et par instants, une réussite totale d’un défi très difficile : réussir à faire glisser le talent rhétorique de l’auteur sur scène sans ses mots… Toutefois, la proposition s’éloignant volontairement des écrits de Foster Wallace, et rebaptisée Non que ça veuille rien dire, elle glisse parfois hors du sens, et s’avère inaccessible pour qui ne connaitrait pas le texte. Probalement, espérons qu’il reste pour ces spectateurs-là certaines ambiances…

Deux jours durant s’est installé dans la galerie du Théâtre l’artiste belge Joris Van Oosterwijk, invité par Jan Martens dans le cadre de la Carte Blanche que le Festival lui a donné. Avec Stamping Projet, il propose une performance plastique live et interactive, où les visiteurs/spectateurs sont invités à devenir sujet de leur propre visite : travaillant autour de la trace, de la marque, de l’identité, il redéfinit l’estampe par une approche graphique contemporaine et imprime à la quête contemporaine d’images de soi, aussi glorifiante que superficielle, un aspect symbolique. Quand la trace devient la définition…

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Les 30 minutes de Tide proposées par la danseuse islandaise Bara Sigfusdottir et le trompettiste norvégien Eivind LØnnin laissent un goût d’inachevé, ou d’imperfection frustrante… Sur les sons étranges et délibérément atypiques produits par Eivind Lonnin dans sa trompette (souffles, coups, bruits saccadés ou lancinants…) Bara Sigfusdottir proposent des gestes et des mouvements dont l’essence échappe… Si l’on apprécie le dialogue que mettent en place les artistes entre les sensations et le son, entre les vibrations et le corps, on regrette que la proposition ne soit finalement pas plus engagée dans cette recherche…

Ode to the attempt n’est pas une nouveauté. Pourtant, il n’est jamais désagréable de voir ou revoir un spectacle de l’iconoclaste Jan Martens. Trois quart d’heure d’ironie, de mélancolie, de sensible et de pragmatique, de sincérité et de dialogues -tant visuels et sensitifs qu’intellectuels ou complices- avec l’artiste belge. En brandissant haut et fort l’étendard des possibles échecs comme moteur de l’essence d’un individu, Jan Martens ouvre l’intimité de son ordinateur, de son histoire, et propose, entre espaces de danses et instants de moquerie, un rejet de la quête de la perfection, qui dépasse largement le cadre de la danse.

Il ne s’agit pas d’un nu mythologique est un souffle vigoureux de presque une heure où Aina Alegre met en scène les postures du corps féminin dans ses représentations les plus extatiques avec une rigueur et une détermination impressionnantes. Explorant les images des femmes auxquelles on prête une maitrise extrême de leur corps (sportives, gymnastes, héroïnes statufiées…), la danseuse espagnole, qui est passée par le CNDC d’Angers, fanatise la représentation du corps, et donne à repenser en même temps la fragilité supposée du corps féminin et la recherche extrémiste d’une maitrise totale de l’outil corporel. Visuellement remarquable, techniquement renversant, la proposition est radicale, et marque autant par les cycles répétitifs que par les postures imagées qu’elle propose.

Thibaud Croisy ne s’embarrasse pas des conventions. Au contraire, il explore sans cesse ce qui est hors des sentiers battus, et ce qui est hors norme… Avec Témoignage d’un homme qui n’avait pas envie d’en castrer un autre, il met la loupe sur ce qui est probablement tout aussi asymptomatique que le reste des pratiques du monde, sauf aux yeux des autres, et peut-être aux yeux des spectateurs. S’ensuit alors un spectacle installation où, c’est finalement regrettable, les spectateurs peu ouverts ou connaisseurs du sujet traité se mettent dans une position de voyeurs ou, pire, dans celle qui consiste à croire que l’homme qui témoigne est représentatif d’une pratique ou d’une communauté (bien qu’il s’en garde lui-même). En effet, les 2h20 de son spectacle sont en réalité le seul témoignage en bande-sonore d’un entretien mené en trois jours avec un homme gay pratiquant le SM, Cyrille… Assis ou allongés au sol, sur une moquette moelleuse, du thé à disposition, chaque spectateur est mis en position d’écoute confortable d’un entretien en forme de triptyque. Jour 1 : Cyrille parle avec Thibaud de son rapport à la souffrance, des pratiques SM existante, des rapports de domination possibles et de ses goûts. Jour2 : inventaire du matériel et des objets pour s’amuser. Jour 3 : tentative de Thibaud Croisy d’expérimenter une approche du SM…

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Si le jour 1 permet à Cyrille de faire le menu des pratiques SM (Bondage, dogtraining, slave, scarification, castration, cage, chasteté, fouet, sondes, etc… il en a cependant oublié), tout en ne s’évitant pas hélas, certains jugement sur certaines pratiques qui ne sont pas les siennes, le jour 2 est bien trop long (détails, cliquetis en sus, des ustensiles utilisés) et le jour 3 s’affiche malaisant. Thibaud Croisy s’y essaye à une pratique SM soft (mains liées et yeux masqués) sous le contrôle de C. Une mise en scène particulièrement artificielle qui ne peut témoigner en rien d’une pratique ou de sensations, l’artiste s’y étant soustrait sans le désir qui animent ceux qui le pratiquent… Le public rit volontiers, glousse, s’identifie peut-être à la naïveté affichée de Croisy dans cette expérience, mais qu’a-t-il appris à l’écoute de ces deux dernières journées ? Voila une installation qui a le mérite de témoigner de la possibilité d’exister au monde sans embrasser ses bornes ; toutefois, on regrette qu’elle ne soit qu’approximative, parfois inexacte, peu encline à prévenir de sa non représentativité ou exhaustivité, et surtout, qu’elle finisse par être traitée sous l’angle de l’amusement… Mais après tout, comme le dit Cyrille, cela ne doit être qu’un jeu.

A suivre… :-)

Du 25 février au 1er avril 2017 au Théâtre de Vanves

Rick Panegy

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