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[Théâtre – Critique] Antigone / Satoshi Miyagi

by 11 juillet 2017
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Rick Panegy
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LA CRITIQUE
 EN BREF : Dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, l’équipe du SPAC et Satoshi Miyagi propose une tragédie esthétique, un drame spiritualisé par le prisme bouddhiste que lui donne le metteur en scène Japonais. Cette Antigone est un spectacle apaisant et beau, mais assez vain et plat. 

Dans la Cour d’Honneur, l’immense plateau est entièrement recouvert d’un bassin où gisent quelques roches et où déambulent lentement, donnant l’impression de marcher sur l’eau, des personnages vêtus d’un blanc pur et éclatant. La découverte est ravissante.

Autant que, par la suite, les ombres portées sur l’immense mur du Palais, donnant ainsi tout sa majesté au théâtre de Miyagi et du Théâtre Buto, dont le metteur en scène s’inspire grandement dans ses spectacles. En effet, il utilise le procédé qui consiste à utiliser deux comédiens pour un rôle : le premier joue les situations, muet, tandis qu’un second dans l’ombre, déclame le texte… Ici, l’ombre projetée du « mime » sont en toute cohérence avec cette démarche, qui met au cœur la gestuelle et met au second plan, de l’aveu même de Miyagi, l’expression du visage. L’effet, à la découverte, est assez élégant… Autant encore que les reflets de l’eau sur les murs, ou les éclairages de Koji Osako  et Koji Makishima, qui glissent doucement du mauve ou blanc éclatant et de la luminosité franche à la pénombre la plus intime, où ne subsistent que les quelques bougies flottantes… En un sens, la scénographie est une réussie, d’un point de vue de l’instant : elle apparaît comme un tableau en relief, une image esthétique mouvante…

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Pourtant, il faut davantage pour captiver le plaisir des yeux. En effet, aussi réussi soit-il, la proposition finit, à notre sens, par lasser, tant elle n’évolue pas, ne se développe pas, et se poursuit dans une longue série continue d’effets similaires. Tant également le récit d’Antigone, qui nous est dorénavant bien connu, est traité ici par Satoshi Miyagi, le fondateur du Shizuoka Performing Arts Center, avec une culture de l’apaisement et de la consolation. LE metteur en scène Japonais parait « détragédifier » le drame de Sophocle, lui ôter toute son intensité. Se fiant aux préceptes bouddhistes, Miyagi enlève la part de radicalité dans le combat des ses frères s’entre-tuant, dont on refuse à l’un la sépulture. Dans la philosophie bouddhiste, d’après Miyagi, le traitement des âmes se fait à l’équilibre, loin d’une dichotomie « bien-mal » très fortement marquée dans les drames occidentaux. C’est pourtant, à notre sens, ce qui rend à Antigone sa démarche digne et nécessaire : face à la décision radicale (im)morale, elle incarne avec autant de force que le combat est rude, face à la radicalité, la noblesse et l’honneur, la grandeur et l’humanisme nécessaire. Gommant cela à travers le « combat » un peu caricatural de la tragédie, et surtout à travers le final, où il accompagne les héros dans l’apaisement des tensions, Miyagi dépossède un peu Antigone de force dramatique. Il n’est pas inintéressant de mettre en regard le mythe collectif et son point de vue personnel, et d’autre part les visions occidentales et orientales de la morale, mais on déplore que cela n’arrive qu’à la fin, après un récit assez consensuel et illustratif. A noter que cet épilogue, toutefois, est un instant de réelle grâce, rythmée par les percussions harmonieuses de la troupe et le soudain défilé lent et suspendu des protagonistes.

En somme, cet Antigone aura été un long instant beau et harmonieux, mais un peu décoratif, qui aura surtout manqué de l’intensité de la tragédie.

Rick Panegy 

 Crédits Photos / ©  Christophe Raynaud de Lage 

 

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