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[Théâtre – Critique] Dans les ruines d’Athènes / Birgit Ensemble

by 14 juillet 2017
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Rick Panegy
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LA CRITIQUE
 EN BREF : Le Birgit Ensemble, fondé par Jade Herbulot et Julie Bertin, achève leur tétralogie autour de la question européenne avec deux propositions, dont Dans les Ruines d’Athènes, une tragédie caricature, ou une satire tragique. L’ensemble est accrocheur, intelligent, questionnant, mais reste peut-être trop en légèreté.

La tétralogie qu’elles avaient débutées avec Berliner Mauer : Vestiges en 2004 est en passe de s’achever. Réunissant les angoisses, les idéaux, les enjeux provoqués par une Europe en mutation, depuis la chute du Mur de Berlin, les deux femmes du Brigit, Julie Bertin et Jade Herbulot, nées à l’aube de cet événement, soulèvent les questions des identités et des combats, des destins individuels dans le collectif que représente l’Europe. Leur tétralogie, intitulée « Europe Mon amour«  ne laisse pas de doute sur leur engagement politique. Avec Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes (deux spectacles qu’elles avaient présentés à la Pop en une seule forme d’une heure, sous le nom Cabaret Europe), elles ouvrent leur réflexion sur la guerre des Balkans et sur la crise financière qui frappe la Grèce.

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Leur théâtre est sérieux, extrêmement documenté, parfois documentaire (des archives, des citations…) et la forme, ici, avec Dans les ruines d’Athènes, plus encore que dans leurs autres spectacles, est accrocheuse, multiple, faite de chants, de musique, d’une énergie collective et fondée -comme souvent chez le Birgit Ensemble- sur l’absence du quatrième mur (le public est invité à voter via les smartphones-dispositif un peu gadget-, à partager un apéritif). Dans ce dernier opus, la forme est une tragédie moderne : des candidats sont invités dans une émission de télé-réalité, « Parthénon Story », pour effacer leur dette personnelle. On suit donc, en live, une émission qui s’avère être le reflet et le symbole d’un capitalisme totalitaire : mais l’issue est une alerte, une mise en garde sur le drame que pourra provoquer l’oppression d’un libéralisme effréné. Les candidats, aux noms de héros des mythes grecs, témoignent d’un quotidien de la jeunesse grecque, qui balance, depuis la crise financière, entre malaise et difficultés économiques. Au-dessus du plateau de télévision, comme des Dieux manipulateurs, on suit la réinterprétation des réunions des leaders politiques pour établir leur « plan de sauvetage ».

L’humour est omniprésent, le décalage et la satire embrassés avec force -Angela Merkel est aussi drôle qu’inquiétante, François Hollande moqués et les autres leaders politiques tournés en dérision- mais la tragédie est en cour -elle semble inéluctable- L’irruption des chœur grecs (plusieurs stasimas ponctuent le spectacle, qui mêle ainsi tous les genres), celle d’une allégorie d’Europe et le retournement de situation dans l’émission de télé-réalité (symbole d’une révolte de la société qui gronde) empêchent cette parodie de n’être qu’un spectacle « rigolo » et divertissant.

Derrière la caricature, en effet, le Birgit Ensemble questionne les responsabilités, les engagements personnels, les consciences face au destin du collectif, les enjeux d’une Europe fracturée et instable.

Trois regrets toutefois. On regrette d’abord une importance un peu excessive à la forme accrocheuse, tape-à-l’œil, qui réduit l’importance du travail documentaire et intellectuel derrière une façade ludique ; et on regrette aussi la scission des destinées entre les Balkans et la Grèce, que le Birgit Ensemble était parvenu à entremêler avec une incroyable réussite dans la forme embryonnaire « Cabaret Europe« . On regrette aussi l’absence de radicalité dans l’engagement politique et l’alerte que sonne Dans les ruines d’Athènes : la tragédie grecque, que permet le théâtre, aurait pu être vécue ici jusqu’au drame final total, elle s’arrête ici à une forme de menace. Le reste du spectacle, dans son excès parodique, ou satirique, aurait pourtant laissé espérer le même excès dans son opposé tragique.

Au final, le public est invité à participer à l’exodos en partageant avec le Choeur final un verre à la santé de l’Europe : public debout, comédiens dans les gradins, tandis que les étoiles du drapeau européen illuminent le plateau. C’est une communion qui semble se fonder davantage sur l’exhorte à l’espoir plutôt que sur la noirceur d’une possible destinée. En cela, le Birgit Ensemble se fait un propre pied de nez, tournant le dos à sa propre tragédie : une invitation à redonner de l’optimisme dans une Europe en perte de solidarité et de sens du collectif.

Rick Panegy 

 Crédits Photos / ©  Christophe Raynaud de Lage 

 

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