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[Danse – Critique] Face à la Mer, Pour que nos larmes deviennent des éclats de rire / Radhouane El Meddeb

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by 25 juillet 2017
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Rick Panegy
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LA CRITIQUE
 EN BREF : Radhouane El Meddeb propose avec Face à la mer, un arrêt sur l’indéfinissable sentiment qui lie le Tunisien de France à sa partie maternelle, et à l’inverse, qui lie le Tunisien avec ses rêves d’ailleurs. Mêlant sa propre histoire à celle de ses comédiens/danseurs, El Medded fait place au sensible, à la mémoire, à la nostalgie, à la violence et à l’espérance des séparations. Face à la mer, toutefois, s’embourbe dans une esthétique poseuse, et un discours mis en récit chorégraphique un peu imperméable. Le plateau, assez dénudé, les déplacements, les équilibres entre les différents tableaux, tout laisse paraître un spectacle presque inachevé, ou un spectacle qui reste trop en surface alors que la matière était dense à travailler…

Et c’est dommage… Le liens qu’El Medded entretiennent avec sa Tunisie natale, sa langue, sa famille, son pays et l’histoire de son pays, le détachement (« le fossé » comme il le définit) qui s’est opéré entre lui et lui-même, ces deux êtres séparés par la Méditerranée et 20 ans de non-retour… Tout cela aurait pu laisser place à un spectacle de l’intime et du sensible. El Meddeb a pourtant choisi de l’élargir, en faisant appel à l’histoire personnelle de ses danseurs/comédiens, en les interrogeant sur leur rapport à la France, à la Tunisie, à la Religion, à la Révolution, à la politique… Différentes générations, différentes histoires… Le récit de Mohamed El Medded se gonfle donc d’un aspect sociologique et collectif, un éventail de la diversité des liens entre les Tunisiens et la France. Son récit n’est plus la vérité d’un homme. C’est un autre point de vue, qui se perd hélas dans des pastilles scéniques ou chorégraphiques parfois trop hermétiques.

On y voit donc des danseurs qui, face public en bord de scène où est peinte au sol une image de mer ou de plage, plongent leur regard au lointain. De l’autre côté, c’est la Tunisie d’avant, le souvenir. Ou c’est la France espérée. Beaucoup de Face à la mer se déroule face public, sans pour autant que naisse une réelle communion. Certains danseurs entament des tableaux, en solo, sans que l’on saisissent réellement les références délivrées. Beaucoup de texte aussi, dans cette oeuvre où la danse existe par bribes et où le chant (assez gâché par un piano très « variété » tout de même) ajoute une couche de sensible. Du texte, parlé ou chanté, adressé face public, sans qu’on accède au sens (aucun surtitrage) alors que cette strate linguistique paraissait être un élément supplémentaire essentiel au lien avec le « retour » que montre Radhouane El Meddeb… On savoure les impressions laissées par la langue elle-même, mais on y perd l’essence.

Sur le plateau, le corps de l’un se démène, semble combattre l’idée-même d’une traversée de la Méditerranée, comme une épreuve douloureuse. Le corps d’une autre se défoule, harangue, semble affirmer sa féminité et son besoin de liberté, paraît mener un combat. D’autres corps se provoquent, la plupart s’apaisent et se reconnaissent dans une communion affective. On s’entraide. On se soutient. On termine même, en dansant le folklore, par une harmonie de la communauté.  Il semble y avoir de la douleur et de l’apaisement dans les traversées et les abandons communs à ces parcours individuels… Tout cela nous atteint, par flash, par épisode, sans que jamais une cohésion d’ensemble, d’où émergerait une sincérité brute, ne nous parviennent : en somme il manque à Face à la Mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire un espace de fulgurance, là où l’intention du chorégraphe aurait dépassé son désir de sa maîtrise de l’oeuvre : car ici, plus que l’authenticité, apparaît la recherche d’une authenticité, la volonté du beau, le désir d’émotion. Où sont les liants, où sont les décrochages émotionnels, où sont les nœuds dramaturgiques qui donnent sens à l’ensemble ? On y voit surtout le choix d’une élégance poseuse et la recherche d’une épure qui se suffirait à elle-même comme le levier de toute beauté.

Rick Panegy 

 Crédits Photos / ©  Christophe Raynaud de Lage 

 

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