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Noémie Regnaut
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LA CRITIQUE
Vu au Centre Pompidou - Septembre 2019
Dans le cadre du Festival d'Automne

C’est au cœur du white cube de la Galerie 3 du Centre Pompidou que nous accueille La Ribot, chorégraphe et artiste espagnole à laquelle est consacré le portrait du Festival d’Automne 2019, rassemblant plusieurs de ses œuvres. Panoramix, à la croisée de la danse et de la performance, est un spectacle d’anthologie rassemblant trois séries de formes courtes (entre trente secondes et sept minutes pour chacune) élaborées par la danseuse entre les années 90 et 2000, devenues emblématiques de son travail. Durant les trois heures que dure cette série de mini-performances, La Ribot déambule dans l’espace blanc en tenue d’Eve, effectuant toujours avec « distinction » – les trois séries sont nommées par l’artiste « pièces distinguées » – des actions diverses et variées, allant du cri primal au pas de salsa en passant par le body painting et la simulation de coït avec une chaise (particulièrement impressionnante). Dans cette variété foutraque, un seul mot d’ordre formel semble régir l’ensemble : traiter toujours son corps nu avec ironie, frôlant parfois l’humour macabre (lorsqu’il s’agit par exemple du corps de la femme transformé en appareil électroménager, où le mode d’emploi lu par la performeuse invite finalement au suicide). L’ironie comme arme de guerre, voilà ce que semble utiliser Maria Ribot, ridiculisant tout à la fois la fausse pudeur liée au corps féminin, lorsque celle-ci s’amuse à cacher ses « parties intimes » avec des bandes noires de type télévisuelles alors que celle-ci se promène nue depuis 2h30, mais également l’érotisme assigné au corps de la femme et sa cohorte de stéréotypes marchands. 

Tour à tour objet et souverain, parfois les deux tout à la fois, le corps métamorphique de La Ribot se transforme par les accessoires accrochés de manière grossière sur le long des murs du white cube, utilisés tout au long de cette traversée, comme une ode aux pouvoirs du signifiant. Une robe à paillette, un tuba, des ailes de papillon, une chaise (encore une), les objets sont détournés de leur signification initiale et presque, ainsi, retournés : la robe à paillette devient non plus signification de gloire mais exhibition de la vacuité et de la pacotille, le tuba se transforme en outil-crachoir de fumée, etc. Mêlant ainsi symboles de la consommation, représentations de la féminité ou du pouvoir, mais également exposant une mythologie plus intime, La Ribot joue et par-là déjoue nos attentes sensibles, redéfinissant, le temps de chaque mini-performance, l’ancrage de nos représentations. Il y aurait alors quelque chose d’oulipien dans Panoramix, comme un « ouvroir de formes potentielles » où au plaisir de jouer et de montrer se mêle la tentative poétique d’une redéfinition du monde, jamais destinée à durer. A la manière de La Ribot qui finit chaque performance par le geste infiniment jouissif de balancer littéralement l’accessoire utilisé à travers la pièce – et désormais inutile -, comme un « je m’enfoutisme » sublime, ce spectacle nous invite à ne pas prendre au sérieux l’ordre du monde et, pourquoi pas, à nous aussi le balancer avec distinction (du moins de manière métaphorique). Alors, semble-elle nous dire, nous pourrons jouer aussi et pourquoi pas s’essayer à être libres.

 Noémie Regnaut

 

© Alfred Mauve, © Manuel Vason

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