[Film – critique] Super 8 (J.J. Abrams): trop de tactique, pas assez d’âme !

Affiche Super 8 (2011) J.J. Abrams[fblike]

Après une adaptation de Star Trek controversée par les fans de la série, J. J. Abrams remet le couvert cet été, avec la sortie de Super 8. Si Abrams puise son inspiration dans l’univers Geek, il prouve une nouvelle fois qu’il ne sait pas terminer une histoire. Comme pour ses séries télévisées (Alias et Lost), il sait construire un pitch alléchant, souvent le résultat d’un compilation inspirée par le remarquable travail d’autres avant lui, mais se perd en route sans trop savoir comment finir.

Ce qui donne le plus envie d’aller voir ce film, au premier abord, c’est cet effet d’annonce dithyrambique, par la presse, qu’il s’agit là d’un “hommage” réussi aux films de divertissement, aujourd’hui cultes, des années 80. Les critiques qui ont le plus apprécié ce film semblent toutes du même avis sur ce point. Un hommage tout contrôlé et conscient de la part des distributeurs, qui annoncent déjà la couleur avec l’affiche du film. On y retrouve le nom de Steven Spielberg (producteur) qui apparait en caractères aussi gros que ceux du réalisateur/scénariste. On y voit également quelques lueurs inhabituelles dans le ciel étoilé de ce qui semble être une petite ville tranquille. Très bien pensé, car, fatalement, dans l’inconscient du cinéphile, un mécanisme d’association d’idées se met automatiquement en route! On se souvient de l’âge d’or des blockbusters de Spielberg tels Rencontre du Troisième Type ou E.T. l’extra-terrestre !

Et ce mécanisme se poursuit dès le début du film avec l’introduction des personnages: un groupe de jeunes adolescents incompris par les adultes qui va vivre une aventure extraordinaire (et pleine d’émotion !). On pense facilement au Stand By Me (1986) de Rob Reiner ou aux Goonies (1985) de Richard Donner. Les références ne s’arrêtent pas là. Le groupe d’amis tourne, en Super 8, un film amateur de zombies, hommage direct au maître incontestable du genre, George A. Romero (un des personnages du film amateur se nomme d’ailleurs Romero). L’aventure suit les principes hollywoodiens des premiers blockbusters tels qu’on les concevait dans les années 80: flirter avec de la science fiction, ne pas montrer le monstre avant la fin, séduire la fille d’à côté, souligner le fossé des générations, montrer que l’armée ou le gouvernement est mêlé à tout ça, etc… Le film surfe donc ouvertement sur la nostalgie des adultes de plus de 30 ans.

Super 8

C’est là où le bas blesse. Abrams est un maître pour réunir plusieurs concepts clés provenant du succès des autres avant lui et ça se sent. Le scénario n’est pas écrit avec le cœur, mais avec la raison. Ses idées sont tactiques, en quête d’une efficacité marketing. On imagine qu’au moment de l’écriture Abrams dresse une liste de films à succès qu’il devra combiner au mieux pour séduire. C’est une forme d’intelligence, certes, mais sans âme. Un art de la séduction bien pensé car en intégrant un tournage de film amateur dans le film, la moitié des critiques de cinéma se mettent à crier au génie sans être trop regardant sur le reste. Un cinéma qui fait référence à lui même, qui se regarde le nombril, et c’est un succès critique quasi assuré.

Le court métrage amateur dont il est question pendant le film et qui est diffusé pendant le générique de fin de Super 8, participe également à cette mise en abyme. Un film dans le film, dont le tournage se sera déroulé devant nos yeux. C’est une des seules réussites, qui, encore une fois, ravira les critiques du 7ème art.

Super 8

Attention, J.J. Abrams, dans sa conception de la compilation de son histoire, voit plus loin que les trentenaires en quête d’expérience régressive! Il y ajoute une séquence de déraillement de train militaire géant digne d’une séquence d’introduction d’un des cinq Destination Finale. Difficile de ne pas rire devant un tel spectacle de surenchère grotesque qui s’étend dans la durée et laisse la camionnette et son passager à l’origine de l’accident dans un état peu crédible. La gare, elle, vole littéralement en éclat autour des gamins, qui en sortent miraculeusement indemnes,  comme leur voiture, nécessaire à leur fuite… Même si cela ne tient pas vraiment debout, on est sûr de ne pas perdre les générations plus jeunes. D’ailleurs toute ressemblance du monstre avec un Transformers ou la créature de Cloverfield (produit par J.J. Abrams himself) est bien entendu fortuite…

Faut-il donc être amnésique ou aimer les références cinématographiques faciles pour apprécier Super 8 ?

Philip Pick

Bande Annonce Super 8 (2011)

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4 thoughts on “[Film – critique] Super 8 (J.J. Abrams): trop de tactique, pas assez d’âme !

  1. Bonsoir, une critique totalement en accord avec ma pensée sur ce film qui m’avait aussi attiré par son effet d’annonce assez mystérieux et le fait que ce soit une production Spielberg-Abrams. J’en suis ressorti déçu. L’apparition de la créature tout droit ressortie de “cloverfield” fait retomber le soufflé et la tension du film, la scèbne du déraillement du train est mille fois trop grosse et le film manque à de nombreuses reprises de crédibilié et oscille entre des moments assez mous et des moments où la tension commence à monter mais redescend aussi vite. Les acteurs s’en tirent plutôt bien cependant et l’ensemble s’apprécie quand même mais je suis déçu.

  2. Etant un fan des Goonies, j’ai apprécié Super 8 mais je ne cache pas qu’il y a de nombreux défauts. On va dire que JJ a voulu faire une petite tape dans le dos de Spielberg…

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