[Film – critique] Les Biens-Aimés (Christophe Honoré): "Il faut aimer sans cesse, après avoir aimé." (Musset)

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Christophe Honoré a trouvé son rythme de croisière :  un film par an!  Et cette année… Il semble avoir replongé dans les cartons de Les chansons d’amour et réalise de nouveau, avec moins de réussite, mais avec talent, un film qui mélange  pessimisme du romantisme,  émoi du romanesque et écrasement du drame… Si vous préférez les rires et l’insouciance à la mélancolie et au spleen, passez votre chemin… La sélection d’un film pour un festival de Cannes est un gage de réussite, sinon de qualité, a minima. Les Biens-Aimés n’échappe pas à la règle : il sort du lot nauséabond des films formatés par les studios et des échecs artistiques qui jonchent le parcours  du cinéphile. Pourtant, il arrive d’être déçu par un film sélectionné et celui d’Honoré, pour de multiples raisons, laisse le spectateur sur sa faim. Ce qu’Honoré nous livre dans les Biens-Aimés, il l’a déjà dit dans les chansons d’amour, avec plus de talent. On aurait souhaité qu’il apporte une réflexion supplémentaire, un angle différent ou un point de vue modifié par l’expérience ou le temps qui passe. Pourtant, rien de tout cela. Honoré enfonce le clou qu’il avait déjà planté. Déception d’enfant gâté ? Peut-être… Honoré est probablement simplement fidèle à ses afflictions…

Christophe Honoré

Les Biens-Aimés apparaissent, à première vue, comme une copie de Les chansons d’amour. Sans pour autant être un mauvais film, loin de là,  car Honoré sait filmer et dépeindre les tourments de l’amour et la mélancolie des passions inachevées, ce long-métrage laisse au spectateur un goût amer. Comme un bonbon sucré et acide, mais piégé en son cœur par une horrible saveur âcre. Celle d’avoir été trompé, ou de ne pas avoir été respecté… Il n’est pas question de reprocher à Honoré que l’âme en peine, le deuil  d’amours délicates et troublées (au propre comme au figuré), le doute du bonheur et la foi en la vie, soit des thèmes récurrents de sa filmographie. Mais il dommage, qu’ici, il n’ait pas été capable de servir autre chose qu’un “duplicata” d’un film qu’il a déjà fait, préparé avec tous les ingrédients de ce qui avait fait recette! Le récit même semble calqué sur les chansons d’amour, et le traitement, à travers une comédie musicale, en est exactement identique. Alex Beaupain lui-même, ami de longue date du réalisateur, se penche encore sur les chansons. Cette fois-ci, chansons et film ne fusionnent pas autant: pas de symbiose, l’union semble manquer de ciment… Seules quelques titres, mis en scène avec brio, sortent du lot. (L’écoute de l’album studio, chez soi, procure pourtant un tout autre effet délicieusement dévastateur sur celui qui l’écoute : on aurait envie de se plonger dans cinq ou six whisky en contemplant les lumières oranges de la ville, par la fenêtre, et de mêler nos larmes aux gouttes de pluie sur le carreau, fêlé… #Poésie#Déprime) … Le scenario de Les chansons d’amours avait été écrit en s’inspirant des chansons de Beaupain, déjà existantes, ou à la base du récit. Ici, il semblerait que l’auteur-compositeur ait davantage “suivi” que collaboré: ses chansons en ressortent plus creuses, pâles et davantage illustratives que créatives…Dommage.

Deneuve, qu’on attend toujours dans un rôle à la hauteur de son talent, se révèle touchante, au fur et à mesure que le récit avance, en femme incapable d’avoir une emprise sur sa vie sentimentale :  “j’ai confiance en la vie, pas dans le bonheur”.  La dernière chanson du film je ne peux vivre sans t’aimer”, interprétée par Deneuve, est à coup sûr la plus poignante et, dans ses yeux, pendant qu’elle chante la nostalgie des êtres aimés et la fuite du temps, une sincérité bouleversante. Chiara Mastroianni, fille à la ville comme à l’écran, est à la hauteur de la responsabilité artistique que lui impose son ascendance : elle interprète dignement un personnage fragile, blessé,  mais terriblement aimant. Son interprétation, mélencolique, de “jeunesse se passe”, texte désabusé et désenchanté, finit d’oter en vous toute gaité et tout espoir. Louis Garrel, en habitué, s’enfonce dans son personnage de jeune homme (de moins en moins jeune, attention) romantique et naturel, spontané et séduisant. Ludivine Sagnier tient la première moitié du film dignement, aux côtés de Rasha Bukvic, dont on salue l’interprétation fiévreuse et sexuelle. Milos Forman et Michel Delpech complètent un casting solide, dont les performances individuelles et collectives sont irréprochables.

Tous sont incapables d’éprouver la plénitude du sentiment amoureux, lequel n’aboutit qu’à peines et souffrances. Et, à la question “vaut-il mieux aimer ou être aimé?” le personnage de Deneuve répond sans mal, comme une leçon désespérée. “Etre aimé” n’apporte pas plus de joie, mais il apporte moins de chagrin…

Rick Panegy

Bande-annonce du film Les Biens-Aimés de Chistophe Honoré (2011)

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2 thoughts on “[Film – critique] Les Biens-Aimés (Christophe Honoré): "Il faut aimer sans cesse, après avoir aimé." (Musset)

  1. je suis plus enthousiaste que toi et je ne trouve pas que le film soit une copie des chansons d’amour dans les thèmes… et puis le temps qui passe on se le prend en pleine face ici, tout comme la mélancolie… alors que dans les chansons, je trouve qu’il avait bien plus d’optimisme, surtout sur l’avenir : on terminait avec un baiser comme une promesse et là c’est l’attente de la mort que nous chante deneuve, la résignation à ce que plus rien n’arrive désormais…

    1. Oui, c’est absolument pas faux !!!!!! Tu as raison sur l’issue davantage optimiste dans les chansons d’amour ! Carrément ! Et en effet, la fin des Biens-Aimés est bien plus amer …
      C’est un point que j’ai pas abordé dans la critique et que j’aurai peut-être du tiens ! C’est intéressant : voila qui amène une petite note subtile ! Bien joué !

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