[Film – Critique] Deep End (Jerzy Skolimowski) : Un éveil amer de la sexualité…

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1970, Jerzy Skolimowski réalise Deep End. Un film subversif, captivant, désespérément pessimiste. De la découverte de la sexualité, des émotions et de la séduction aux premiers contacts sensuels et  amoureux, le film montre les pulsions de l’adolescence comme rarement le cinéma n’a montré les tourments de la jeunesse face à l’autre sexe… Le film, ressorti en salle durant cet été 2011 quelques semaines  après la sortie du dernier film du réalisateur polonais, Essential Killing, a connu un beau succès d’estime…

A Londres, Mike, un jeune adolescent calme et réservé, s’éprend de sa collègue, la belle et froide Susan, dans les bains publics où il vient de trouver un travail. Peu à peu, une complicité se crée, qui glisse, pour Mike, vers des sentiments plus troublés, qu’il ne maîtrise pas, plongeant avec délectation vers ces nouvelles sensations. Suzan, quant à elle, n’est pas dupe, elle en jouera, taquinant le garçon, même physiquement, pour mieux exciter son désir ; s’amusant à paraître plus femme qu’elle ne l’est réellement pour mieux épater Mike. Mais le jeune adolescent, victime de ses premiers émois, sera entraîné dans le tourbillon de sa passion, de l’éveil de sa sexualité et du désir brûlant qu’il éprouve pour la jeune femme, que le réalisateur se garde bien de dépeindre comme angélique…

Skolimowski décrit, à travers une réalisation inventive et intelligente, les remous de l’âme de Mike. A ce titre, l’évolution des personnages dans des bains-publics labyrinthiques est une parabole évidente des questionnements et des méandres psychologiques qu’éprouvent Mike et Susan. Le spectateur observe un Mike tour à tour juvénile, dans une attitude très enfantine, ou presque adulte, dans une attitude aux sous-entendus sexuels très forts. La transition de l’enfance à l’âge adulte est trop difficile pour Mike, qui ne parvient pas à maîtriser ses pulsions : les scènes nocturnes où le garçon se lie avec la représentation cartonnée de Susan dans la piscine, et la scène finale, dans un bassin vide qui s’emplit d’électricité sexuelle et sensuelle, sont représentatives de ce manque de contrôle du jeune homme sur ses pulsions.

Deep End, c’est le romantisme à l’état pur, celui qui illustre le tragique des sentiments. L’issue est irrémédiable, les personnages victimes de leur passion. Ceux-ci, enfermés dans des situations invivables, difficiles, ne peuvent connaître qu’une conclusion dramatique. Mike et Suzan, promis à un avenir amoureux serein, sont incapables de plonger dans une relation seine : ils s’emmurent dans leurs désordres intimes respectifs, et l’unique rédemption, en guise de fin, au milieu des cloisons épaisses des bains-publics, se trouve dans le plongeon profond du grand bassin…

Rick Panegy

Bande-annonce de “Deep End” de Jerzy Skolimowsky (1970)

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Affiche originale  de “Deep End”

2 thoughts on “[Film – Critique] Deep End (Jerzy Skolimowski) : Un éveil amer de la sexualité…

  1. Oui, c’est un film remarquable à la mise en scène très maîtrisé. Il parvient habilement à mettre en valeur le swinging london et reste une belle parabole sur l’amour naissant.

    1. En effet, le Swinging london de Deep End est bien différent du Londres de Repulsion par exemple… Amour naissant oui, mais qui va vite s’éteindre, tragiquement! Un autre film de Skolimowski à conseiller ?

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