[Film – Critique] Le Skylab (Julie Delpy): propagande d’une certaine idée du bonheur

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Le Skylab est le troisième long-métrage de Julie Delpy. Elle a choisi de rendre hommage à sa mère, l’actrice de théâtre Marie Pillet récemment disparue, en l’incarnant à l’écran au travers d’une comédie familiale. Malgré un enchaînement de scènettes bien écrites, de bons comédiens et un ensemble nostalgique des années 70 plutôt fidèle, le discours moralisateur, qui se cache derrière, déçoit.

Le film débute de nos jours, c’est le grand départ des vacances. A bord de l’Eurostar, une famille se retrouve obligée de s’assoir séparément dans le wagon malgré les tentatives de la mère (Karine Viard) d’obtenir des autres passagers qu’ils se déplacent. Frustrée, elle va se remémorer l’été 79 et son voyage en Bretagne pour l’anniversaire de sa grand-mère qui réunissait, chaque année, tous les membres de sa famille.

La restitution de la classe moyenne et de l’ambiance sociale des années 70 est absolument parfaite. Plus d’un spectateur trentenaire ou quarantenaire, face à ce film, pourra y retrouver quelque chose de sa jeunesse. Entre les fringues kitshs, les discours politiques virulents autour de la table et les jeux d’enfants de l’époque, tous les ingrédients sont assemblés ici afin que cette réunion de famille chaleureuse offre un réel moment de détente. La réunion familiale d’été est souvent portée à l’écran, constituant presque un genre à part entière. Julie Delpy ne se trompe pas dans ce registre. Son regard sur le passé est lucide et apporte bien plus d’humanité et d’intelligence que Guillaume Canet et ses nauséeux Les Petits Mouchoirs. Les sketchs, bien écrits et bien réalisés, s’enchainent les uns à la suite des autres, mêlant plusieurs actions à la fois.

Cet ensemble savoureux est porté par des comédiens toujours justes. Outre Julie Delpy qui incarne le rôle de sa propre mère (à qui elle dédicace le film) obsédée par le  supposé crash du satellite skylab au-dessus de la Bretagne, on retrouvera avec plaisir la présence d’Eric Elmosnino (L’héroïque Gainsbourg de Joann Sfar) en sympathique papa loufoque et gauchiste, Noémie Lvovsky (L’Apollonide) en gentille tata Monique, Bernadette Lafont en digne mamie nostalgique de sa vie au Vietnam, Albert Delpy (le père de Julie) toujours aussi décalé et drôle. Sans oublier également  Lou Alvarez, Vincent Lacoste, Valérie Bonneton, Aure Atika, Denis Ménochet entre autres !

Mais alors qu’est-ce qui cloche dans Le Skylab? Outre le fait que Julie Delpy surfe allègrement sur la vague de la nostalgie réactionnaire du “C’était mieux avant”, c’est la toute fin du film qui laisse un arrière goût amère à l’ensemble. En effet, de retour au présent, à bord de l’Eurostar, Karine Viard renforcée par son souvenir d’enfance, part en croisade  acharnée contre les passagers du train pour obtenir d’eux qu’ils se déplacent afin qu’elle puisse faire le trajet avec sa petite famille. Elle semble se lamenter, regrettant individualisme forcené de la société d’aujourd’hui au détriment d’une communication plus humaine qui animait les années de son enfance. Sans ambages, Julie Delpy défend une certaine idée qu’une famille avec enfants aurait plus de droits sur les autres.  Dommage.

Philip Pick

Regarder la Bande Annonce Le Skylab (2011) de Julie Delpy

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2 thoughts on “[Film – Critique] Le Skylab (Julie Delpy): propagande d’une certaine idée du bonheur

  1. Ah non ! Elle ne défend pas une société où les familles fertiles sont prioritaires. Elle exprime juste le regret que chacun reste cantonné dans son individualisme et son confort, plutôt que de regarder les autres, que le rapport entre les gens soit moins spontané et naturel qu’avant … Je suis d’accord que c’est moralisateur et que le personnage de Karin Viard est tête à claques mais le film ne mérite pas une note en dessous de la moyenne pour cette fin. Enfin, je dis ça, je dis rien :-)))

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