[Film – Critique] Chut, chut, chère Charlotte (1964) de Robert Aldrich: Bette Davis Vs. Olivia de Havilland

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Robert Aldrich réalise Chut, chut, chère Charlotte (Hush…Hush, Sweet Charlotte) en 1964, tout juste deux ans après son énorme succès devenu culte et incontournable: Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (What ever happened to Baby Jane?). Le scénario de Chut, Chut… a été écrit pour mettre une nouvelle fois en scène le fantastique duel féminin (autant à l’écran que dans la vie) du précèdent film: Bette Davis contre Joan Crawford. Mais Crawford se déclarera malade à la dernière minute et sera remplacée au pied levé par la magnifique et rare Olivia de Havilland (Mélanie dans Autant en emporte le vent). Une nouvelle adversaire pour Bette Davis qui s’avèrera tout aussi jubilatoire et surprenant.

Dans une ancienne maison en Louisiane, se cache en recluse la vieille et célibataire Charlotte Hollis (Bette Davis) tourmentée par les fantômes de son passé. Le village qui la raille pense que c’est elle qui, dans sa jeunesse, a sauvagement assassiné à coup de hachoir, son amant marié venu se séparer d’elle. Charlotte, devenue vieille fille, est persuadée que son père, mort depuis, est l’auteur du terrible crime. Alors qu’elle est sommée de quitter sa propriété pour permettre la construction d’une nouvelle auto-route, Charlotte fait appel à l’aide de sa cousine Miriam (Olivia de Havilland) qui avait vécu avec elle dans sa jeunesse. Tout oppose les deux femmes. D’un côté Charlotte, la vielle folle excentrique et méchante qui n’hésite pas à tirer sur les ouvriers venus démolir sa maison, de l’autre, la cousine Miriam, indépendante et rangée,  déterminée à aider sa cousine à quitter les lieux. Alors que Charlotte semble tomber dans la folie, victime de visions du fantôme de son amour perdu, le spectateur découvre peu à peu les manipulations d’une cousine pas si innocente qu’elle n’y parait…

Tous ceux qui ont pu admirer le fabuleux et terrifiant retour de Bette Davis dans Qu’est-il arrivé à Baby Jane? se délecteront de ce nouveau rôle. L’actrice y est tout aussi déchaînée et sublimement folle. Elle campe une ancienne Belle du sud (Southern Belle) sombrant dans la folie totalement en décalage avec son époque. Un rôle qui n’est pas sans rappelé le personnage de Blanche DuBois interprété par Vivien Leigh dans Un Tramway Nommé Désir (1954). Ici, Robert Aldrich, maître incontesté de la manipulation psychologique sadique,va littéralement enfermer ce personnage dans sa culpabilité pour en faire une victime aliénée par son passé. Une proie facile, au premier abord méchante et paranoïaque, qui va faire l’objet d’une farce d’illusions terrifiantes mise en place par la machiavélique cousine qui cache parfaitement son jeu. Une nouvelle occasion pour la géniale Bette Davis d’interpréter un personnage en proie à son némesis, la vengeresse et fourbe Olivia de Havilland, près de quinze ans après son rôle dans Eve (Joseph L. Mankiewicz) où elle faisait face à Anne Baxter, une femme tout aussi manipulatrice.

L’ancienne et sombre maison de Charlotte devient littéralement le théâtre de ces illusions manipulatrices. Tout au long du film, Robert Aldrich cadre ses personnages toujours entravés par un objet, un coin de mur, ou une porte, illustrant parfaitement à la fois l’enferment psychologique de Charlotte et la menaçante claustrophobie qu’elle fait régner dans la demeure. Même la bonne Velma (Agnes Moorehead), a des allures de vielle sorcière démente qui entretient l’effondrement psychologique de sa patronne. Les séquences d’hallucinations paranoïaques superbement réalisées sont toutes renforcées par cette terrifiante maison.

Robert Aldrich, lui même manipulateur, joue avec son spectateur et le malmène. Sa mise en scène fait constamment glisser le point de vue de la narration. Nous sommes tour à tour victime terrifiée et tour à tour complice sadique de ce jubilatoire complot, et ce, jusqu’au surprenant rebondissement final. A l’instar de Baby Jane, les personnages qui nous apparaissent au début fous ou bienveillants se transforment peu à peu en leurs contraires, comme pour nous rappeler qu’il faut toujours se méfier des apparences. Assurément un film à ne pas rater.

Philip Pick

Bande Annonce en VO de Chut, chut, chère Charlotte de Robert Aldrich (1964)

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