[Film – Critique] Contagion de Steven Soderbergh: quand l’anxiogène devient moralisateur

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Malgré un scénario relativement crédible, ce Contagion de Steven Soderbergh (Traffic), s’ancre tellement dans une mise en scène froide et factuelle qui surfe sur tous les clichés d’une pandémie qu’il ne parvient pas à émouvoir ni même à terroriser. Un film catastrophe où le discours d’arrière fond moralisateur finit d’achever le tout.

Alors qu’une mère adultère (Gwyneth Paltrow) revient d’Asie infectée d’un virus qui la foudroie en quelques jours à peine, une nouvelle pandémie se propage dans plusieurs foyers de contagion, décimant sur son passage une grande partie de la population mondiale. L’histoire va suivre la propagation de ce virus mortel jusqu’à sa fin au travers plusieurs protagonistes qui tentent de calmer une panique mondiale plus rapide encore que la contagion. On suivra donc dans le désordre: de hauts-responsables gouvernementaux, des médecins, des chercheurs, des familles, un blogueur (Jude Law).

Pour filmer l’étendue rapide que prend la propagation du virus mortel, Soderbergh énumère les clichés anxiogènes qui ont nourri, en 2009, la psychose autour de la pandémie de la grippe A (H1N1): le bol de cacahuètes dans un bar, les restaurants asiatiques,  les rampes d’escalators, les barres dans les métros, les poignées de porte, les gens qui ne se couvrent pas la bouche en toussant, les gens qui se touchent tout simplement… Les explications scientifiques sont balayées  rapidement par un jargon médical et une fin explicative en un flashback expéditif, qui semble souligner l’inévitable recommencement. Le scénario se veut tellement factuel dans sa narration des évènements qu’il est difficile d’en ressentir une quelconque émotion. Difficile de ressentir de l’empathie pour les protagonistes foudroyés par la maladie ou même de la terreur face à cette catastrophe mondiale qui se déploie sous nos yeux. Le film semble avoir tout misé sur les peurs déjà pré-existantes du spectateur  face à ce type de virus, qui reprend à la lettre les scénarios catastrophes imaginés lors de la pandémie de grippe A de 2009. Rien de très original dans le déroulement de l’histoire qui montre à la fois la panique et les débordements tandis que le monde scientifique s’acharne à trouver un vaccin.

Derrière cette narration froide et détachée semble se cacher une morale légèrement douteuse. Le patient zéro qui mourra rapidement et sera sadiquement montré scalpé est une femme adultère qui revient de Macao. On montre du doigt l’Asie comme étant la cause de cette mutation de deux virus (une chauve-souris et un cochon). Le blogueur, en quête de vérité et protégé par la liberté d’expression, est montré comme un faux journaliste manipulateur qui entrave les démarches et les prises de décisions gouvernementales. Et puis tout simplement ces rapports humains, le toucher, la source même du danger pour l’espèce humaine toute entière.

Un film décevant malgré une tête d’affiche impressionnante comprenant Kate Winslet (qu’on prend toujours plaisir à voir), Laurence Fishburne (Matrix), Matt Damon (qui a pris du poids!), Marion Cotillard (qui a besoin, une fois pour toute, d’un bon visagiste), Jude Law (toujours aussi prétentieux) et Gwyneth Paltrow. Notons tout de même quelques points positifs: Gwyneth Paltrow ose le rôle du cadavre scalpé avec la peau du crâne retournée sur son visage et le niveau d’anglais enfin amélioré de Marion Cotillard.

Philip Pick

Bande-annonce en VOST de Contagion (2011) de Steven Soderbergh

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2 thoughts on “[Film – Critique] Contagion de Steven Soderbergh: quand l’anxiogène devient moralisateur

  1. Il faut dire que Gwyneth avait déjà essayer le colis surprise avec une tête dedans (Seven), alors un petit scalpage, même pas peur ^^
    Je ne sais pas si c’était bien judicieux de mettre la source du virus en Asie … mais (spoil) le bulldozer de la fin fait partie de la firme américaine, donc respect à Elliot Gould mais il faut modifier ses analyses : le bulldozer contamine la chauve-souris qui contamine la banane qui contamine le cochon qui contamine Hiro-Moto qui contamine Gwyneth qui contamine l’écran 🙂

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