[Film – Critique] Polisse de Maiwenn : sincère mais inégal, aussi lisse que caricatural

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Immersion au sein de la Brigade de Protection des Mineurs (la BPM). Maiwenn livre un film qui se veut en même temps témoignage utile de douleurs et d’une humanité malade et hommage à des hommes et des femmes investis d’idéaux. Une intention louable, émouvante, mais naïve et Maïwenn, à travers Polisse, ne fait encore rien d’autre que livrer un film qui tourne autour de ses opinions et de ses affects, à l’instar de ses deux premiers longs métrages. Un cumul de scènes caricaturales ornent ce film à la narration peu subtile, cumulant de nombreux poncifs scénaristiques…

Le buzz, depuis Cannes, bat son plein autour du nouveau film de Maiwenn (réalisatrice de Pardonnez-moi en 2006 et du succès Le bal des actrices en 2009) et le succès est au rendez-vous : depuis sa sortie, Polisse engrange les entrées et terminera sa carrière autour des 2 600 000 spectateurs… Le climat pessimiste et morose de la société française, en cette période de crise, est peut-être une des raisons du succès de ces films, comme Intouchables  ou précédemment La guerre est déclarée, qui touchent la fibre sensible du spectateur avide d’échappatoire. Loin des dénonciations politiques ou des films à grand spectacle (où le message entertainment est trop flagrant), ce nouveau genre de film qui mêle réalité sociale aux affects primitifs semble avoir les faveurs du spectateur… Une manière de se rassembler et de se retrouver autour de valeurs évidentes mais rassurantes, et qui permettent à chacun de compatir, d’exorciser des craintes ou des peurs primales. Et, en privilégiant tout cela, on s’éloigne de la réflexion, de l’analyse, du regard critique et du positionnement personnel…

Dommage, on aurait pu voir dans Polisse, en gardant son œil ouvert et en laissant moins de place à l’expression du pathos, un film inégal, où les défauts côtoient  abondamment l’esprit humain que les spectateurs, en masse, ne semblent que voir… Le film est souvent drôle, montrant de réelles situations poignantes et un métier dur et nécessaire (rarement abordé au cinéma). Ces qualités-là sont pourtant mises à mal par tant d’aspérités maladroites que le film en perd en force.

La composition du groupe de la BPM, tout d’abord, semble être un pathétique reflet de la vision idéale de la société : un patchwork trop beau pour ne pas avoir été trop réfléchi. Une racaille au grand coeur, une lesbienne alcoolique, un petit bourgeois très éduqué, une femme en pleine séparation, une autre névrosée etc. Maiwenn embarque donc tout ce joli monde coloré (mais tellement caricatural) dans le quotidien difficile de la BPM. Ce quotidien est rythmé par une succession de scènes de dépositions et de procès-verbaux qui captivent le spectateur. Rien d’étonnant à ce que ces scènes soient les plus (seules?) réussies du film: Maiwenn s’est documentée et les situations qu’elle décrit dans ces scènes se sont réellement déroulées…Elle nous décrit alors ce quotidien avec talent et émotion (la scène de l’accouchement de la jeune fille violée, la scène déchirante d’un enfant séparé de force de sa mère, la scène troublante d’une mère -remarquable Sandrine Kiberlain– à mi-chemin entre humiliation et désespoir). Mais lorsque Maiwenn “brode” autour de ces scènes de dépositions (pour tenter de donner corps aux personnages  et éviter de faire un simple documentaire… Depardon l’aurait mieux fait de toutes façons!), elle manque son objectif. L’aspect “réalité” avec caméra fluctuante, plans serrés, dialogues brouillons et sauvages et photo crue est définitivement recouvert par un goût de “fausseté”, de surenchère dans les situations familières et humaines, qui plonge paradoxalement le film dans un climat très  artificiel… En dehors des bureaux de la BPM, ce que montre Maiwenn est bien pâle: la solidarité de cette police au grand cœur est si forte que la réalisatrice ne trouve pas plus original à montrer qu’un amas de situations clichés: soirée en boîte de nuit (pour eux seuls?), diner pizza chez les uns, soirée jeux chez les autres, anniversaire etc… Pour montrer une équipe soudée, on soupçonne que davantage de subtilité aurait servi le scénario (de Maïwenn co-écrit avec Emmanuelle Bercot, qui interpète aussi Sue Ellen). L’inutile est à son comble lorsque Maiwenn incorpore l’histoire absolument insignifiante et parasite de Melissa (qu’elle interprète), photographe fantôme dont on se fout éperdument, même (et surtout) lorsqu’une amourette se développe avec Fred (Joey Starr). Quelle mouche de l’égocentrisme a donc encore piquer cette Maiwenn LeBesco pour qu’elle veuille à ce point apparaitre à l’écran, au point de s’attribuer un rôle prétexte?

Enfin, un tel sujet appelle aussitôt la réalisatrice à prendre position: les manques de moyens sont dénoncés et l’engagement sans faille du personnel souligné avec force. Avec tant de force que l’admiration de Maiwenn pour ces hommes et ces femmes dévoués à un sacerdoce remarquable parait exagérée et suspecte. S’il est évident que l’implication de la police de la BPM, comme celle des pompiers, enseignants, infirmières etc, dans leur métier est respectable et remarquable, Maïwenn se garde de donner du crédit à ceux qui dénoncent un engagement trop grand, qui serait malsain et maladif. Les seules voix qui se soulèvent pour calmer le dévouement de ces agents de l’état passionnés sont les supérieurs, que Maïwenn dépeint, à travers la bouche de ses personnages, comme des “fonctionnaires”, des hommes ayant laisser de côté leurs idéaux et leur morale au profit de leur carrière… L’engagement poussé de Fred (Joey Starr) et de Nadine (Karin Viard) sont montrés avec compassion et respect, alors que chacun est en proie à des difficultés de couple, liées notamment à la trop grande place que leur métier a pris dans leur vie personnelle… La fin tragique d’Iris (Marina Foïs) vient à peine contrebalancer ce constat…

Polisse appartient donc à cette catégorie de films qu’on aime parce qu’ils sont si sincères qu’ils en sont maladroits ; une maladresse qu’on regarde avec clémence… Mais il appartient aussi, en même temps, à ces films qui agacent à vouloir tant dire, tant montrer et tant dénoncer qu’au final, ils ne disent plus grand chose, à part de nombreux poncifs, et qu’il ne sont pas à la hauteur de leurs (nos) espérances…

Rick Panegy

Regarder la bande-annonce de Polisse de Maïwenn (2011)

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5 thoughts on “[Film – Critique] Polisse de Maiwenn : sincère mais inégal, aussi lisse que caricatural

  1. polisse n’est qu’un empilage de mauvaises séries policières, ce n’est que clichés, mépris de notre vrai police, messages politiques sous-jacent (de gauche bien sur). Aucun plaisir à regarder ce navet. J’ai beaucoup de mal à croire que nos policiers passent leur temps à bouffer et boire et qu’ils soient aussi nombreux autour de chaque audition. Rien dans ce film n’est respectable, quand je pense au battage médiatique autour de polisse….
    Ce film ne méritait aucun césar et ni même de nomination.

    1. En voilà un avis bien tranché 😉 Oui, Maiwenn a toujours un petit discours politique humaniste un peu facile derrière mais bon… Ce n’est pas tant ça qui nous gène (il y a des films de “gauche” très bons) c’est qu’en réalité, il est mal foutu, voilà tout… 😉

  2. Souvent ce qu’on trouve “cliché” ou “caricatural” est tout simplement ce qui se rapproche le plus de la réalité .. Je pense que c’est à méditer, vraiment.

    1. Merci de partager ton avis.
      Ce qui en fait un cliché ou une caricature est la manière dont le sujet lui-même est traité…

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