[Film – Critique] Il n’y a pas de rapport sexuel de Raphael Siboni: Drôle et Pathétique

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Le producteur/réalisateur/acteur de films pornographiques Hervé-Pierre Gustave, plus connu sous le pseudonyme de HPG, a confié des milliers d’heures de ses rushes au jeune plasticien Raphaël Siboni. Siboni, à peine âge de 30 ans, est ressorti de la salle de montage avec son tout premier long métrage, un documentaire désopilant et parfois même touchant d’une heure vingt: Il n’y a pas de rapport sexuel.

Un montage d’images filmées durant plusieurs tournages de films porno “gonzo“. Ces films qui se sont imposés dans les années 90, tournés, caméra au poing, par l’un des acteurs pour donner l’impression d’un film amateur. Mais l’envers du décor est tout autre. Dans la première partie du documentaire, sans doute la plus drôle, on découvre  les petits trucs et astuces des tournages: le bruit de la chair qui claque ne sont  en fait que l’un des acteurs claquant dans ses mains, les éjaculations sont améliorées avec des préparations blanchâtres, les mains et les draps cachent de fausses fellations et des scènes dites “soft” où les acteurs s’épuisent à simuler l’action sans aucune pénétration.

Si l’on découvre ici que l’action n’est évidemment pas tournée au fil de l’eau, on y voit un HPG imaginer les scénarios de ses scènes au moment même du tournage. Des situations souvent comiques alors qu’il n’a lui même pas vraiment terminé d’imaginer la scène et qu’il tente une explication saugrenue aux acteurs qui attendent.  Une attente et un ennui qui viennent renforcer l’aspect comique du documentaire. Les acteurs attendent leur tour, nus comme des vers, en regardant le vide ou le plafond. Des corps dans des postures lascives et lassées, souvent à l’opposé de l’image sexy qu’ils renvoient face caméra. C’est assez troublant de voir ces bimbos professionnelles de l’industrie pornographique au naturel. Ces regards vides d’ennuis entre deux prises qui se transforment en démoniaques appels à la luxure lorsque HPG déclenche son appareil photo. On ne peut s’empêcher de rire lorsqu’une actrice masturbe un acteur pour les besoins d’un gros plan et qu’elle regarde le sol, totalement désintéressée de l’action en train d’être filmée. Cette première partie laisse entrevoir le début d’un portrait d’HPG souvent drôle malgrèslui. Ses indications  avant, pendant et après les tournages sont souvent crues, farfelues voir complétement incompréhensibles. On ne pourra s’empêcher de rire et penser à Jean-Claude Vandamme. Le pathétique des situations est à la fois triste et drôle.

Dans la seconde partie, qui se concentre plus sur HPG lui-même, on découvre, cette fois ci, des actrices et des acteurs débutants assez touchants. De jeunes personnes, tout juste majeures, qui semblent se donner davantage que les pros de la première partie. Des jeunes filles qui semblent littéralement attirées par le  plaisir qu’elles pensent pouvoir tirer du milieu de la pornographie. L’une d’entre elle va même pleurer en plein tournage. Peu importe la raison, HPG s’en servira comme des larmes de plaisir. Il sait s’adapter aux aléas du métier et même un peu manipuler ces jeunes acteurs. Il arrivera même à convaincre un jeune homme hétérosexuel, qui accepte d’être actif pour des films gays, à se faire pénétrer par un autre acteur,  en lui faisant miroiter les bénéfices en nature d’une carrière dans la pornographie. HPG semble bien conscient du pouvoir qu’il a sur ces jeunes gens lorsqu’il explique qu’à 19 ans un cerveau n’a pas fini sa croissance et que c’est l’âge idéal pour manipuler les jeunes recrues de l’armée.

Au final, le portrait d’HPG qui ressort de ce documentaire, qu’il a lui même produit, est celui d’un businessman simple, mégalomane et caractériel qui connait parfaitement le milieu dans lequel il évolue depuis des années. Parfois confus et souvent peu préparé, il sait être directif et un peu manipulateur  Il sait paraitre tout à fait proche de ses acteurs tout en gardant constamment à l’esprit le sens de l’efficacité et du résultat (et sans doute des bénéfices qu’il va en tirer).

Le documentaire, quand à lui, est un objet au final bien fichu et totalement atypique. Raphaël Siboni a clairement choisi de montrer l’univers porno gonzo d’HPG dénué de jugement laissant l’entière responsabilité au spectateur de se faire sa propre idée, bonne ou mauvaise.

Philip Pick

Regardez un extrait du documentaire Il n’y à pas de rapport sexuel (2011) de Raphaël Siboni

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One thought on “[Film – Critique] Il n’y a pas de rapport sexuel de Raphael Siboni: Drôle et Pathétique

  1. Wouahh, c’est particulier. Ca ne doit pas être inintéressant mais au point d’aller au cinéma, je sais pas … Merci pour l’info 😉 J’imagine que tu sors de là avec une sensation de malaise.

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