[Film – Critique] Mission Impossible 4 – Protocole Fantôme de Brad Bird: Action, action et action… Sans crise d’épilepsie! Une réussite

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La franchise Mission : Impossible (1996, 2000, 2006 et 2011) avait connu un sacré coup d’arrêt avec le troisième opus réalisé par J.J.Abrams. Le second volet, réalisé par John Woo, est, avec le recul, devenu une parodie de la saga: le réalisateur de Hong-Kong plongeait dans la surenchère de scènes surréalistes, absolument virevoltantes mais sans aucune émotion ni tension tant l’excès transpirait à chaque plan… Un régal visuel mais qui frôlait le comique… L’anecdotique proposition de J.J.Abrams, brouillon et sans intérêt (c’est d’ailleurs l’épisode qui réalisera le moins d’entrées), semblait enterrer la saga… Ce quatrième opus est une  véritable renaissance… L’arrivée du trépidant Brad Bird (Les indesctructibles, Ratatouille), aussi surprenante qu’irréaliste, apporte contre toute attente une fraîcheur nouvelle, une énergie inespérée et une réalisation quasi cartoonesque (l’expérience Pixar, visible dès le générique, assez délicieux d’ailleurs), qui place Mission Impossible : Protocole Fantôme au sommet des films d’action. Le meilleur de la saga sans conteste et probablement le meilleur film d’action de 2011:  adrénaline et tensiomètre dans le rouge pour une efficacité maximale!  Tom Cruise est toujours crédible en Ethan Hunt: un héros au bout du rouleau cette fois-ci, mais toujours tenace… On s’accroche !

Tom Cruise a presque 50 ans, ses derniers films, Night and Day, Walkyrie, ont moins bien fonctionné que les précédents: on guette une perte de vitesse… Et la saga en est à son quatrième opus, de quoi lasser, ou donner le sentiment que ce petit retour par la case Mission : Impossible  ne sert qu’à redonner un petit succès facile au comédien, et servirait à le replacer dans le rang des incontournables… Par dessus, l’accumulation de films d’action ratés a probablement terni l’aura du film d’action comme film de genre légitime : films épuisant le spectateur à force de surdoses d’effets spéciaux, de réalisations épileptiques où chaque scène compte dix fois trop de plans qu’il n’en faut, caméra à l’épaule ou cadrage volontairement incertain, à force encore de scenarii extrêmement complexes, mêlant d’improbables rebondissements à des intrigues poussives, de telle sorte que le spectateur finit par perdre le contact avec le récit… Dernièrement, les Transformers, (surtout le second), la Trilogie Bourne (particulièrement la Vengeance dans la peau), la saga des Fast and Furious, pour ne citer que ceux-là, sont de ces films qui fatiguent davantage qu’ils ne divertissent… La crainte était grande pour Mission : Impossible Protocole Fantôme: allait-on assister à un déluge d’effet spéciaux, 3D à la clef, ou à l’œuvre d’un “parkinsonnien” excité? Allait-on donner carte blanche à un scénariste zélé, prêt à offrir un récit trop compliqué, comme si un film d’action devait assoir sa légitimité par la complexité de son propos ?

Par bonheur: rien de tout cela! Pendant 2h15, le spectateur est cloué dans son fauteuil, livré sans défense à ce véritable condensé d’adrénaline: une succession ininterrompue de scènes d’action terriblement efficaces et d’une inventivité visuelle absolument réjouissante!  Une explosion, une course poursuite, un compte à rebours, un combat final à mains nues : chaque incontournable ou invariant de la grammaire du film d’action est savamment mis en place. Un film d’action qui épouse sans honte les codes du genre, en respectant ce qui faisait des anciens films leur charme et leur attrait: un quasi réalisme propice à l’identification et facilitant le “laisser aller” émotionnel. Un film réalisé presque à “l’ancienne”, en ce qui concerne la mise en place dramatique des scènes d’actions, omniprésentes. En effet, point de surenchère d’effet spéciaux: l’explosion du Kremlin par exemple, bien qu’entièrement en image de synthèse évidemment, ne s’éternise pas en démonstration de savoir-faire technologique… La course poursuite en voiture, quant elle, si elle se termine par une collision spectaculaire où l’utilisation de l’ordinateur a été nécessaire, se déroule intégralement dans l’obscurité d’une tempête de sable, évitant la démonstration. Idée presque “vintage” mais géniale: la poursuite elle-même se déroule quasiment sur l’écran du portable de Hunt, où le GPS, à travers deux petites flèches rouge et bleue, guide le spectateur vers un nirvana de tension excitant  Le final enfin, au lieu d’être un amas d’explosion, nourri au fond bleu, nous rappelle avec délice les anciens James Bond, où la chorégraphie d’un combat, mettant en scène les deux protagonistes rivaux principaux, mêle technique, technologie et humain… De l’Inde à Moscou, en passant par Dubaï, où l’on assiste à l’une des scènes les plus anxiogènes du film (vertigineuse, au sens propre comme au figuré), les aventures de Ethan Hunt sont aussi celles de Tom Cruise : le mérite de la proximité ressentie par le spectateur revient surtout à l’acteur/producteur, qui a su privilégier les scènes d’actions au cours desquelles les acteurs jouent réellement, avec trucages et filins mais rarement avec fond bleu. Un savoir-faire à l’ancienne qui incite la caméra à se poser ; le spectateur a le temps d’être immergé dans la scène et la jubilation n’en est que plus grande… On aura même droit à un cat-fight sexy et délectable entre la glaciale Léa Seydoux et la “chaleureuse” Paula Patton

Brad Bird apporte des studios Pixar une vitalité juvénile comme une bouffée d’oxygène : Les indestructibles (2004) et Ratatouille (2007) respiraient cet entrain et ce dynamisme, où l’humour se glissait aussi entre les scènes d’actions…  Dans Mission Impossible Protocole Fantôme l’humour s’immisce pour permettre au spectateur de reprendre son souffle, parfois même de façon délicieusement vicieuse, en plein milieu d’une scène où la tension est à son comble… Brad Bird joue avec le spectateur, ne lui laissant que peu de temps de répit entre les sursauts ou les montées d’adrénaline…

L’intrigue est simple, volontairement (comme dans la plupart des Mission impossible, pour être honnête): ici, on combat un “méchant” facilement identifiable comme tel, qui cherche à faire exploser le monde. C’est aussi simple que cela… La tentative de surfer sur l’angoisse récente et actuelle du nucléaire n’est qu’un prétexte dont on se fiche, l’ambiance nouvelle guerre froide n’est pas plus à creuser… Mais sur la banalité de ce récit de base vient se greffer un ressort dramatique autrement intéressant: l’agence Mission Impossible est discréditée, l’attentat du Kremlin mettant en cause les Etats-Unis. Le “Protocole Fantôme” est mis en place, renvoyant les membres de l’agence, et particulièrement Ethan Hunt, loin des codes de l’impénétrable et inébranlable agent secret. La situation est inextricable, on frôle le point de non retour à maintes reprises ; Ethan Hunt lui-même est un héros fragile, qui manque la mort plusieurs fois, sauvé parfois par ses acolytes: voilà qui change des films aux superhéros imbattables et solides… Ici, on sauve le monde, mais on en était pas sûr du tout…  Rien ne va plus, tout va mal: une fragilité et une mise au pied du mur qui donne du relief et du crédit à Ethan Hunt. Cette incertitude qui accompagne le rythme effréné humanise Hunt en même tant qu’il humanise Cruise, qui inspire le respect : s’il vieillit, il n’en perd pas sa crédibilité et on se met à croire qu’un autre Mission Impossibe ne serait pas absurde…

On en ressort avec l’envie de souffler un grand coup, comme pour serrer la main de Tom Cruise à la fin de l’aventure : “on a eu chaud, Tom! C’était moins une! ” est-on tenté de lui confesser …. Avant de comprendre que, non non, on n’était pas dans le film… Quoi de plus essentiel pour un film d’action que de vous faire vivre et ressentir l’aventure ?

Rick Panegy

Bande-Annonce de Mission Impossible Protocole Fantôme de Brad Bird (2011)

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