[Film – Critique] Total Recall, Mémoires Programmées de Len Wiseman : oubli programmé !

 

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Alors que Paul Verhoeven, dans son adaptation de 1990, avait déjà réduit à la portion (presque) congrue l’essence de la nouvelle de Philip K.DickWe can Remember it for you Wholesale” (1966) dont elle est tirée, Len Wiseman, dans une version survitaminée, s’en éloigne encore plus. Il s’éloigne aussi totalement du film de Verhoeven dont il est sensé être le remake.  Mais surtout il n’offre aucune alternative, aucune vision nouvelle, aucun regard personnel au spectateur sur cette histoire de manipulation et de méfiance. Là où Verhoeven parvenait, en ne gardant de la nouvelle de K.Dick qu’un contexte et une trame narrative, à insuffler à son récit une paranoïa constante et un délire schizophrène (où régnait ambiance malsaine et suspicion perpétuelle), Len Wiseman aplanit sans scrupule tout paysage métaphysique ou sociologique  dans le traitement du sujet : aussi dénué de réflexion et de vision qu’une mécanique appliquée, le film de Wiseman n’est qu’une longue scène d’action qui s’étire sur 2h.

Total Recall – Mémoires Programmées, c’est la part belle aux effets spéciaux, à l’action, à Kate Beckinsale (Len Wiseman y va généreusement de son regard d’époux de la belle, rendant sexy tout mouvement de l’actrice, ou développant son rôle outrancièrement). C’est aussi un brassage habile (bien fait et maitrisé, mais bien impersonnel inévitablement) des références SF ou geek des années passées : on y croise des décors proches de Blade Runner (les bas fonds de la Colonie), une Kate Beckinsale en incarnation de chaire du T1000 de Terminator2 (inépuisable et hargneuse), un Colin Farrell dont le personnage ressemble plus à énième Jason Bourne, des robots tout droit sortis de Star Wars-Episode 2 l’Attaque des Clones ou de I-Robot, on y croise l’univers informatique de Minority Report ou des circuits de voitures directement inspirés du jeu vidéo F-zero (1990). 

Cette macédoine est pourtant bien réalisée, sous la patte adroite de Len Wiseman (Underworld, Underworld 2, Die Hard 4) qui offre quelques scènes de combats et de poursuites assez captivantes si elles n’étaient pas toutes enchainées sans répits, ne laissant que peu de place à l’intrigue, pourtant riche d’une complexité qui aurait pu permettre d’autres trouvailles qu’un simple cumul de “tiroirs” évidents…

Dans le cinéma de Wiseman, la testostérone et l’adrénaline sont les valeurs absolues, et elles débordent ici dans chaque scène, reléguant l’Arnold Schwarzenegger de la version de Verhoeven au rang d’amateur de la gonflette. Beckinsale et Farrell se disputent la médaille du plus viril, effaçant l’insignifiante Jessica Biel, dont le second rôle n’est que prétexte. Derrière cette accumulation de gros bras et de vitesse, le travail de Patrick Tatopoulos aux décors est cependant assez satisfaisant : la conception de The Fall par exemple (ce long tunnel qui relie la Fédération à la Colonie) est visuellement réjouissante. Les deux ambiances, aux deux pôles de la planète, représentent un travail architectural convenable. Tatopoulos est une des pointures des équipes techniques actuelles (Réalisateur de Underworld3 -le plus mauvais de la saga-, aux décors sur Dark City, Underworld 2, Die Hard 4, aux effets spéciaux sur Van Helsing, Independance Day, Je suis une légende, Stargate ou encore Godzilla). Son travail pourtant ne parvient nullement à dépasser le purement graphique pour donner vie et âme à son décor : en cela, la vision de William Sandell (Robocop, Poséidon, Master and Commander…) sur les décors du Total Recall de Verhoeven est bien meilleure, apportant, à travers une insalubrité et un climat étouffant, une ambiance glauque, bien relayée par les costumes d’Erica Edell Phillips (Robocop…)

Qu’apporte alors ce Total Recall : Mémoires Programmées ? Rien d’autre qu’un pâle remake (plutôt une relecture de la nouvelle de K.Dick qu’un réel remake pour être franc) avec des moyens plus importants (techniques et financiers) qui ravira peut-être ceux qui préfèrent tout film de l’ère numérique à ceux qui précèdent cette période. Il ravira éventuellement les curieux geeks entêtés, qui chercheront, ici ou là, les ressemblances et les différences des deux versions, les clins d’œil de Wiseman à l’original (nombreux et assez déléctables), les failles et les paradoxes du scenario…

Pour les autres, passées les premières scènes d’action, une lassitude possible se fera sentir. S’attaquer à un film aussi culte que Total Recall nécessite hélas un talent qui vole bien au-delà de la maîtrise technique, aussi virtuose soit-elle…

Rick Panegy

 

 Bande-Annonce du Film Total Recall : Mémoires Programmées de Len Wiseman (2011)

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4 thoughts on “[Film – Critique] Total Recall, Mémoires Programmées de Len Wiseman : oubli programmé !

    1. C’est souvent dis donc ! Tu as encore vu ce film en 2eme partie de soirée 😉 (ouf, on a eu peur un instant que ce soit la critique ^^)

    1. Attention : le film peut s’apprécier ! Il faut :
      1/ Oublier la nouvelle de Philip K.Dick
      2/ Oublier la version de Verhoeven
      3/ Oublier de vouloir comprendre l’intrigue
      4/ Se focaliser sur l’action et accepter de voir du basique…
      Alors là, peut-être, on peut aimer parce qu’on a vu des bagarres et des effets spéciaux… voilà ^^

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