[Film – Critique] Argo de Ben Affleck : tour de force

[fblike]

Après Gone Baby Gone (2007) et The Town (2010), le beau-gosse d’Hollywood Ben Affleck retourne derrière la caméra et nous livre un troisième long métrage : Argo. Il adapte le très drôle et très efficace scénario de Chris Terrio basé sur l’histoire vraie d’une mission de la CIA (restée secrète jusqu’en 1997) durant la crise iranienne des otages de l’ambassade américaine à Téhéran qui avait débutée en novembre 1979. Avec Argo, Ben Affleck prouve qu’il n’a rien à envier aux réalisateurs prisés actuellement aux États-Unis.

Le 4 novembre 1979, l’ambassade des USA à Téhéran est prise d’assaut par des centaines d’étudiants islamiques révoltés contre  l’hospitalisation aux État-Unis de l’ancien Chah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi. Alors que les étudiants forcent l’entrée de l’ambassade, six diplomates américains parviennent à s’enfuir et à se réfugier chez l’ambassadeur du Canada (Victor Garber). Dans un contexte bouillonnant où il ne fait pas bon être américain dans les rues de Téhéran, la CIA va devoir mettre en place une mission d’exfiltration top secrète pour rapatrier aux États-Unis les six ressortissants  qui viennent d’échapper aux 444 jours de détention que durera la prise d’otage dans l’ambassade américaine. Après étude de diverses possibilités de sauvetage, c’est la solution un peu folle de l’agent Tony Mendez (Ben Affleck) qui sera retenue.

Le plan concocté par l’agent de la CIA passera par l’aide de Lester Siegel (l’excellent Alan Arkin), un vieux producteur de séries B hollywoodiennes, et le maquilleur John Chambers (John Goodman). Tous deux prêteront leurs noms pour la réalisation d’un faux film de science fiction appelé Argo. Les 6 diplomates, rejoints par l’agent Tony Mendez, devront alors se faire passer pour une équipe de repérage canadienne et devront interpréter des rôles tout aussi importants que celui du réalisateur ou celui du producteur du faux film afin de déjouer l’autorité des révolutionnaires iraniens et quitter le pays.

Le film tire sa force d’une efficacité à tous les niveaux. Les scènes de suspens fonctionnent à merveille atteignant un paroxysme  jubilatoire lors de la dernière scène à l’aéroport de Téhéran. Les acteurs sont plutôt bons et maitrisent avec agilité l’alternance entre second degré et moments plus sérieux (mention spéciale à Ben Affleck, Alan Arkin et John Goodman). L’ambiance reste très fidèle à la fin des années 70 avec son lot de références (objets, costumes, décors), de tubes rock (The Rolling Stones, Led Zeppelin, Dire Straits…) et de reconstitutions minutieuses des événements de Téhéran appuyées par de vraies photos reportage au générique de fin.

La partie du film se déroulant à Hollywood, satire mordante multipliant les références aux films de science-fiction des années 70 (Star Wars, La planète des singes…), tape sur un peu tous les protagonistes de cette machine à produire du rêve (voir la scène de négociation des droits pour le scénario). Le scénario de Chris Terrio ose des répliques cinglantes comme “Ce n’est pas compliqué de se faire passer pour un réalisateur, même un singe pourrait le faire“, et le gimmickArgo fuck yourself !” résonne déjà comme une réplique culte.

Avec un Ben Affleck à la fois producteur, acteur et réalisateur, on aurait pu s’attendre au pire. Mais en adaptant un scénario confié par son ami et co-producteur, George ClooneyBen Affleck réussit un véritable tour de force. Argo est un film hybride qui mêle à la fois un haletant film d’espionnage sur fond de critique de la politique étrangère américaine et une véritable satire, bourrée d’humour et de références, de la grande machine hollywoodienne personnifiée par le tonitruant duo d’Alan Arkin avec John Goodman. Probablement l’un des films à suspens les plus efficace de l’année.

Philip Pick.

 

Regardez la bande-annonce en VOST du film Argo (2012) de Ben Affleck

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *