[Théâtre – Critique] Yolanda, le premier jour de et avec Olivier Pochon

Entre cabaret et théâtre de l’intime, Yolanda le premier jour montre la transition. Celle d’un homme qui deviendra Yolanda, celle d’une passion brûlante qui guidera une nouvelle vie. Sympathique.

S’inspirant d’un fait divers paru dans un quotidien, Olivier Pochon invente un récit autour d’un personnage plein de contradictions et d’ambiguïté : Un pyromane, fan de Dalida, vit son dernier de jour en prison ; le lendemain, il deviendra Yolanda, un travestissement pour une nouvelle vie. Faisant ainsi vivre les derniers instants de prison à son héros criminel, Pochon l’amène peu à peu à dévoiler son histoire, ses premières amours, ces premières folies pyromanes, parallèles à sa passion pour la chanteuse rousse. Entrecoupé de chansons de cabaret, réinterprétant Dalida avec la pianiste Marie-Laure Chanet, le voyage du héros quarantenaire, enfermé depuis presque 20 ans, est tantôt drôle, tantôt pathétique, tantôt grinçant. Nous sommes dans la cellule, et la mise en scène réduite mais astucieuse de Marc-Antoine Allory nous emmène dans la cabaret imaginaire du personnage, dans sa névrose,  dans  sa langueur monotone.

Si le personnage est interprété avec bienveillance et délicatesse, Pochon n’évite pas hélas, dans le portrait qu’il fait de son pyromane sensible, l’écueil de l’anti-héros : rarement en effet il n’y a de compassion possible pour ce personnage malade et criminel, qui semble n’être ni dans la rédemption ni dans la repentance. Le spectateur, placé pourtant dans la peau du confident complice, n’éprouve guère la connivence nécessaire ni l’affection attendue pour partager l’intimité.

Pourtant, à de rares moments, dans l’écriture de Pochon, et dans son interprétation de ce futur Yolanda, il y a une certaine mélancolie, qui laisse à penser les failles de l’homme derrière la robe et la perruque, qui l’auraient amené à être pyromane. On apprécie la version piano-voix de Mourir sur scène ou celle, condensée, de Paroles Paroles. On s’amuse aussi avec le prisonnier sur Laissez moi danser, moment clef de la transformation définitive du détenu en Yolanda : avec perruque et robe, et fidèle à la chorégraphie d’époque, “Yolanda – Pochon” revêt les oripeaux nécessaires à sa nouvelle vie, sa nouvelle naissance. Bien que ridicules ou risibles, ils lui permettront, sans renier le passé qui l’habite / habille désormais, de s’autoriser une véritable liberté.

Yolanda, le premier jour est un spectacle entre intime et malaise, entre mélancolie et évasion : il n’émeut pas, il invite guère à la réflexion, il expose, il raconte, comme un constat des névroses du monde et de ses étranges anecdotes… Et pour qui aurait un peu de mal avec Dalida, elle est ici bien plus agréable à écouter à travers l’histoire de ce Yolanda que sur un des CD remixés d’Orlando.

Rick Panegy

A la folie Théâtre   jusqu’au 28 février 2015.