[Comédie Musicale – Critique] Dirty Dancing

Revoilà Bébé ! Et elle est toujours aussi ingénue ! La comédie musicale, aujourd’hui adaptée en français, ravira les fans du film et enchantera les amateurs de danses de salon. Conventionnel mais divertissant, pour qui assume son côté fleur bleue…

Le film Dirty Dancing (1987) d’Emile Ardolino (réalisateur d’un autre film culte Sister Act 1992) a fasciné toute une génération (particulièrement les demoiselles). Passé en une vitesse record dans la catégorie des films cultes, il ne fallut pas attendre très longtemps pour le voir adapté en comédie musicale. Dès 2004, l’Australie met en scène live les aventures de Frédérique Houseman alias Bébé et de Johnny Castle. 10 ans après, la France peut enfin savourer les nunucheries rose bonbon et les dévergondages de la petite bourgeoise innocente sur scène. Avec le délice de la nostalgie mais aussi avec la bienveillance relative à toute madeleine : il faut bien se l’admettre, le scénario est sacrément cucul, il est ô combien balisé d’évidences et les dialogues sont rudement pauvres… Qu’importe ! Pour la plupart des spectateurs ayant vu le film adolescent, le spectacle est une aubaine : on chante avec les protagonistes, on attend les répliques cultes (dans la salle, on entend raisonner en échos les punchlines du film… Certains les connaissent par cœur, de ça c’est mon espace de danse… à on ne laisse papa bébé dans un coin)

C’est tout bête : Bébé est une jeune fille sage et bien élevée, de bonne famille. La jeune fille ne résistera pas aux charmes ravageurs de Johnny Castle, que tout lui oppose. Il est pauvre, et c’est plutôt un garçon de la rue, un peu rustre. Rien de tel pour faire chavirer le cœur de la pucelle en recherche de sensation. Et comme Johnny danse bien, ça ne gâche rien! S’émanciper, rompre le cordon, passer à l’âge adulte, s’assumer… Les thèmes et la symbolique sont tracés de (très) gros traits (scénario d’Eleanor Bergstein). La danse comme médium à l’entrée dans la sexualité, comme la clef du “laisser-aller” est l’occasion de numéros dansés devenus célèbres dans le film. Et la comédie musicale reprend  fidèlement les  éléments chorégraphiques du film. Corentin Mazo est un Johnny Castle  honnête, mignon et bon danseur (bien qu’il ait franchement du mal avec ses répliques…), mais un peu moins délicieux que Patrick Swayze ; et Cécile Mazéas est une Bébé attachante, copie conforme de Jennifer Grey. Mais Ophélie de Cesare en Penny est épatante : féline et charismatique (et très jolie oui c’est vrai), elle est à deux doigts de voler la vedette à Cécile Mazéas/Bébé.

Le musical respecte dans l’ensemble le canevas du long-métrage, du récit jusqu’aux dialogues et à l’ambiance. Reconnaissons-lui cette fidélité. On regrette pourtant quelques longueurs : la première partie s’étire un peu trop, quelques coupes auraient été bienvenues… Les dialogues sont adaptés en français mais les chansons restent en anglais (pas de She’s like the wind, soyez prévenus ; on a juste le droit à l’instrumental). Habilement, les auteurs ont gardé les célèbres répliques, très attendues par les spectateurs ! Certains mouvements et pas de danse sont gardés à l’identique : on a même le droit à la scène particulièrement (et volontairement) kitsch et amusante des tentatives ratées de portée. Dirty Dancing est donc fidèle en tout point au film, les fans ne seront pas déçus.

La mise en scène, bien que simple et guère ambitieuse, est habile. Quelques éléments suffisent à changer l’ambiance générale, par glissement ou coulissement d’éléments, par des changement de lumières. Rien de fabuleux mais l’occupation de l’espace scénique par les comédiens, danseurs ou chanteurs permet généralement des transitions discrètes et fluides. Quant aux artistes, ils performent honorablement : on salue l’orchestre live, caché en hauteur la plupart du temps. Et même si l’équilibre entre spectacle de danse, théâtre et comédie musicale est parfois curieux (peu de numéros chantés par les personnages de l’intrigue…), le tout est suffisamment joyeux et maitrisé pour passer un bon moment. Le final étant particulièrement enlevé, on termine sur une note bigrement réjouissante.

Toutefois, il ne faut pas être agacé par la danse de salon : mambo, tango et autre cha-cha rythment en permanence le spectacle. Aussi ringard que cela puisse paraitre pour certains, la danse de salon n’est visiblement pas encore démodée… Si les fans du film y trouveront leur compte sans problème, les aficionados des concours de célébrités en goguette sur TF1 peuvent aussi y aller sans crainte…

Rick Panegy

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